• L’ancien international Morten Wieghorst est aujourd’hui sélectionneur adjoint du Danemark
  • Les Danish Dynamites ont entamé les qualifications pour Qatar 2022 au pas de charge
  • Wieghorst parle du nouveau style de la sélection et revient sur les temps forts de sa carrière

Morten Wieghorst avait 15 ans quand le Danemark a explosé sur la scène mondiale. Il a vu Michael Laudrup, Soren Lerby, et autres Jesper Olsen subjuguer la planète entière par leur jeu fluide et léché lors de la Coupe du Monde de la FIFA, Mexique 1986™.

Ce jour-là est né un rêve qu’il a concrétisé 12 ans plus tard, lorsqu’il a disputé la deuxième épreuve reine de son pays aux côtés de Laudrup, son idole de toujours. La promotion danoise de 1998 formait une équipe talentueuse qui s’était illustrée dans de grands tournois et a surpassé ses prédécesseurs en atteignant les quarts de finale.

L’ancien milieu a cependant toujours su que la réputation et l’héritage d’une équipe ne se réduisaient pas aux seuls résultats. C’est pourquoi il juge ses aînés supérieurs à sa génération et aux vainqueurs de l’EURO 1992, ce dont témoigne sa philosophie d’entraîneur.

Il occupe aujourd’hui le poste d’adjoint de Kasper Hjulmand, le sélectionneur qui a mené le Danemark à trois victoires en autant de rencontres dans les qualifications pour Qatar 2022. Le score cumulé de 14-0 reflète une verve offensive doublée de solidité défensive. Comme Wieghorst l’a assuré à FIFA.com, les Danish Dynamites ont mis le cap sur l’EURO avec l’intention de jouer leur meilleur football et de faire le spectacle.

Denmark celebrate scoring against Moldova in the 2022 World Cup qualifiers.

Morten, avec trois victoires en trois matches et 14 buts inscrits contre zéro encaissé dans les qualifications pour la Coupe du Monde, avez-vous dépassé vos propres attentes ?

En effet. Nous avions décidé de faire tourner presque entièrement l’effectif d’une rencontre à l’autre avant le rassemblement, pour tenir compte de la période de la saison, du nombre de confrontations et des conditions sanitaires particulières. C’était ce qu’il fallait faire, mais nous savions que changer dix éléments à chaque match était risqué. Une erreur face à la Moldavie nous aurait coûté cher. Au final, on n’aurait pas pu rêver mieux. On a livré une excellente performance et engrangé huit buts. La concurrence pour les places de titulaire s’est, du même coup, renforcée, parce que les joueurs présents contre Israël ont redoublé de motivation. De plus, chacun s’est senti fier d’avoir tenu un rôle dans cette superbe entame. Ce n’est pas seulement les 14 buts marqués, sans aucun concédé : Kasper [Schmeichel] n’a eu que deux arrêts à réaliser sur ces trois matches.

Comment Kasper Hjulmand et vous-même avez-vous géré le passage du flambeau avec Age Hareide, qui affichait un beau bilan après avoir qualifié le Danemark pour Russie 2018 et le prochain UEFA EURO ?

Age et Jon Dahl Tomasson ont jeté des bases solides sur lesquelles nous nous sommes appuyés. L’équipe était bien organisée, difficile à battre et restait sur une longue série d’invincibilité. Cela étant, un nouvel encadrement entraîne inévitablement quelques transformations. Nous n’avons pas tout bouleversé, loin de là, nous avons juste apporté trois ou quatre modifications au style de jeu. De simples détails concernant l’aspect défensif, la possession et la construction. Le groupe a bien adhéré aux changements.

Est-il trop simpliste de dire que ces changements ont rendu l’équipe plus offensive ?

Nous essayons de presser un peu plus haut qu’auparavant, mais c’est un rythme impossible à tenir pendant 90 minutes. Il faut savoir décider du moment et de la durée du mouvement. Nous avons été satisfaits de notre efficacité dans ce domaine, notamment face à de grandes formations comme la Belgique que nous avons affrontée en Ligue des Nations. L’équipe a le sentiment de faire le jeu, et c’est bon pour son moral. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Le choix de la phase est crucial, parce qu’il est désastreux d’exercer un mauvais pressing au mauvais moment contre des poids lourds du calibre des Diables rouges. Trouver le juste équilibre est un vrai défi et Kasper réussit à mettre pleinement à profit le temps dont il dispose pour préparer les joueurs.

Christian Eriksen s’est montré décisif en sélection par le passé. Reste-t-il incontournable dans votre dispositif ?

Christian est un grand joueur, et il a été important dès le premier jour de le placer au mieux sur le terrain pour aider l’équipe. Il faut savoir tirer le meilleur de ses éléments clés, et c’est ce que nous faisons avec Christian.

À l’époque où Kasper et vous travailliez au Nordsjaelland, il était votre adjoint. Aujourd’hui, les rôles sont inversés. Comment vivez-vous cette nouvelle dynamique ?

Nous nous entendons très bien et nous avons beaucoup de respect l’un pour l’autre. Nous connaissons parfaitement la personnalité et les atouts de l’autre. Quand j’ai pris Kasper pour adjoint, il avait déjà occupé un poste d’entraîneur principal. Les rôles sont différents, mais si on fait partie d’un projet intéressant et d’un bon staff technique, la fonction d’adjoint est un vrai plaisir, comme j’en fais l’expérience actuellement.

Kasper Hjulmand and Morten Wieghorst.

Comment vos personnalités s’accordent-elles ? Est-il plutôt calme comme vous, ou avez-vous des tempéraments opposés ?

Nous ne sommes pas si différents. On entend encore parfois vanter la technique du bon flic/mauvais flic, mais les temps ont changé. Kasper ne déboule pas dans le vestiaire en hurlant à la pause et il ne me demande pas de le faire. Tout repose sur la motivation du groupe. Ce que j’aime et que je respecte dans cette équipe, c’est que les joueurs sont les premiers à identifier ce qui ne va pas dans un match. Nous sommes là pour les aider, mais à la mi-temps contre l’Autriche par exemple, ce sont eux qui ont reconnu devoir améliorer leur efficacité offensive.

Avez-vous hâte de retrouver les grands tournois internationaux ?

Bien sûr. Nous sommes impatients d’entamer l’Euro, d’autant qu’au moins 12 000 spectateurs pourront assister aux rencontres au Parken Stadium et trois matches à domicile sont prévus au premier tour. La Coupe du Monde m’enthousiasme également. Ce sera une édition très particulière parce qu’elle sera concentrée sur une petite zone. Dans un grand pays, tout est davantage dispersé. Cette fois, les matches, les équipes et les fans seront rassemblés au même endroit. Cela créera une ambiance exceptionnelle. Pour moi, la Coupe du Monde reste la plus belle des compétitions.

Morten Wieghorst in action at the 1998 World Cup.

Considérez-vous votre participation à France 1998 comme le point d’orgue de votre carrière de joueur ?

C’est l’un des grands moments de ma vie. J’en ai connu beaucoup, en club avec le Celtic Glasgow, et en sélection, à l’instar de notre victoire dans le Championnat intercontinental (plus tard rebaptisé Coupe des Confédérations de la FIFA) en 1995. J’ai aussi en tête les préliminaires de l’EURO 2000. Nous devions gagner en Italie pour nous qualifier. Nous avons remonté un retard de 2 buts pour nous imposer 3-2. C’était fantastique. Mais la Coupe du Monde occupe une place à part.

Après avoir été ébloui par les Danish Dynamites à Mexique 1986, vous avez évolué aux côtés de Michael Laudrup. Qu’avez-vous ressenti ?

De la fierté. Cette équipe est, à mon avis, la meilleure de l’histoire du Danemark. Les années 1980 nous ont marqués, parce que pour la première fois, nous avons montré que notre pays était capable de rivaliser avec l’élite mondiale. Quant à Michael, c’était le héros de mon enfance. Je me suis senti privilégié de jouer à ses côtés, puis sous ses ordres lors de son premier mandat d’entraîneur, et plus tard de faire partie de son staff à Swansea. Pour moi, il reste le plus grand footballeur danois.

Le Danemark a remporté l’EURO en 1992 et le Championnat intercontinental en 1995. Avez-vous pour ambition de renouer avec les titres ?

Nous en rêvons, bien sûr, mais sans présumer de rien. Nous sommes une nation de 5,5 millions d’habitants, nous ne débuterons jamais une compétition avec l’étiquette de favori. Nous jouons pour gagner, en sachant que le plus important est d’aller le plus loin possible et de laisser sa marque. La sélection de 1986 en est l’exemple parfait. Bien qu’elle n’ait pas remporté le tournoi, elle a conquis les cœurs et le respect de tous. Elle est considérée comme la meilleure équipe danoise de tous les temps, parce qu’elle a éclaboussé le monde de son talent.

Morten Wieghorst.