• Matías Viña fait partie des jeunes Uruguayens sur lesquels compte Tabárez
  • Fin 2019, il s’est installé sur le flanc gauche de la défense charrúa
  • Il compte maintenant s’affirmer dans les qualifications pour Qatar 2022

“Celui qui ne sait pas d’où il vient ne sait pas où il va.” Cette citation qui apparaît sur la photo de couverture du compte Twitter de Matías Viña en dit long sur son titulaire, un Uruguayen de 22 ans désireux de devenir le choix numéro un de la Celeste au poste d’arrière gauche.

Sélectionné en U-20 mais jamais convoqué avec les A jusque-là, Viña a fait ses débuts dans le grand bain en septembre 2019, en amical contre le Costa Rica. Ce jour-là, il a gagné sa place de titulaire pour les cinq derniers rendez-vous internationaux de l’année. “Tout est allé très vite pour moi. Du coup, je garde toujours en tête cette phrase sur laquelle je suis tombé en 2016. Histoire de ne pas oublier mes racines”, explique l’intéressé à FIFA.com.

Des racines qu’il a cultivées à Empalme de Olmos, village située à 40 kilomètres de Montevideo, sous l’œil attentif de sa mère et de sa grand-mère. L’influence de ces deux femmes explique pourquoi Matías a un temps fait passer les études avant le football. Une décision qu’il ne regrette pas, même s’il reconnaît avoir pu lancer sa carrière grâce à l’opportunité que lui a offerte Nacional. “Je suis arrivé au club à un âge assez avancé, à 17 ans, avec plus beaucoup de temps pour arriver en équipe première. Ça n’a pas été facile. En plus, je me suis cassé la clavicule et je n’ai pas joué pendant les six premiers mois”, raconte l’actuel pensionnaire de Palmeiras, au Brésil. “En 2017, beaucoup de choses se sont débloquées. J’ai été appelé en U-20 et on a gagné le Championnat d’Amérique du Sud, chose qui n’était pas arrivée depuis 36 ans. J’ai fait mes débuts en équipe première et on a pris la quatrième place à la Coupe du Monde U-20 en Corée”, résume-t-il.

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De la frustration à la sélection

Positionné en défense centrale au Championnat d’Amérique du Sud U-20, il s’y est distingué en inscrivant un but décisif face au Brésil en phase finale : dans le temps additionnel, il se porte aux avant-postes, contrôle une ouverture de 30 mètres et trompe le gardien du gauche, tout en finesse, permettant à l’Uruguay de s’imposer 2-1.

“Ça a tout changé car jusque-là, je n’avais pas encore débuté avec Nacional et personne ne me connaissait, en dehors des gens de mon village. Ce but m’a offert une belle exposition, c’est sûr, mais j’ai eu du mal à gérer ça. D’ailleurs, ça me coûte encore aujourd’hui”, reconnaît le buteur providentiel.

Malgré ce coup de projecteur, tout ne s’est pas passé comme il l’imaginait. “J’avais beaucoup d’attentes pour 2018, mais on ne m’a pas donné ma chance en club alors que d’autres internationaux U-20 trouvaient leur place partaient à l’étranger”, se souvient Viña, qui a évolué aux côtés de Federico Valverde et Rodrigo Betancur, pour ne citer qu’eux. “Franchement, j’ai envisagé de tout plaquer, mais ma mère m’a dit de m’accrocher à mon rêve. J’ai changé d’approche et je me suis dit que si je ne jouais pas, c’est qu’il me manquait quelque chose. Du coup, j’ai mis les bouchées doubles en pensant à l’avenir.”

Trop démotions

Viña n’a pas tardé à récolter les fruits de son travail acharné. Discipliné, incisif dans ses interventions défensives et judicieux dans ses montées, il a fait sa place en première à Nacional, avec lequel il a triomphé en championnat aux dépens du grand rival de Peñarol. C’est au mois d’août 20019 qu’il a reçu sa première convocation de la part d’Óscar Tabárez. “Jusqu’à ce qu’un délégué de l’équipe nationale m’appelle, je n’arrivais pas à y croire. J’en rêvais, mais comme je jouais en Uruguay, je me voyais loin de l’équipe nationale. Quand j’ai rencontré mes coéquipiers pour la première fois, ç’était complètement dingue : aux trois dernières Coupes du Monde, j’étais devant ma télé à encourager certains d’entre eux !”

Entré à la place de Diego Laxalt face au Costa Rica, Viña a été gagné par l’émotion quand Tabárez lui a confirmé sa titularisation face aux États-Unis. “Avant tous les matches, je suis stressé. C’est pour ça que la veille, j’ai juste appelé ma mère et je lui ai dit de garder ça pour elle”, confie-t-il. “Pour me calmer, elle m’a envoyé une photo où l’on me voit avec mon frère en train de fêter la victoire de l’Uruguay contre le Ghana à Afrique du Sud 2010. Je suis allé pleurer aux toilettes, c’était trop pour moi”, ajoute-t-il, sans avoir peur de dévoiler ses sentiments.

Ramiro (L) of Corinthians fights for the ball with Matias Vina of Palmeiras © Getty Images

Partie prenante

Après avoir clôturé son année 2019 par une belle prestation au marquage de Lionel Messi lors d’un match amical soldé par un nul 2-2, Viña a pris en janvier 2020 la direction du Brésil, terre promise des arrières latéraux. “L’envie de voir ce que je valais dans ce championnat a également pesé dans la balance. Et ça se passe bien”, reconnaît Mati, qui s’est blessé à la tête en juillet, à la lutte pour un ballon quasi perdu. Aujourd’hui, les supporters de Palmeiras adorent le casque avec lequel il est obligé de jouer.

Dans l’optique des éliminatoires pour Qatar 2022, l’Uruguay figure parmi les favoris à la qualification directe. “L’Uruguay fait partie des grandes nations d’Amérique du Sud. Il va falloir le prouver sur le terrain”, prévient Viña, qui se sent désormais partie prenante du processus charrúa. “Maintenant, il faut travailler pour rester dans le groupe puis pour aller à la Coupe du Monde. Je crois que je peux faire partie de l’aventure”, conclut-il.

Matias Vina of Uruguay fights for the ball with Andre Carrillo of Peru© Getty Images

Matías Viña à propos de…

  • Ses deux passes décisives en six matches avec la Celeste. “J’ai joué attaquant jusqu’à l’âge de 15 ans donc j’ai encore des restes pour les centres et le jeu dans la surface”
  • Son rôle de porte-bonheur. “J’ai gagné le championnat avec l’équipe du village après 30 ans sans titre, j’ai fait pareil avec les U-20, avec Nacional et avec Palmeiras, qui n’avait pas gagné le championnat de l’État depuis 12 ans. Pourvu que ça dure !”
  • Le maillot de Messi. “Suárez m’a aidé à faire cet échange. Depuis que ma mère s’est fait cambrioler, je le garde avec moi. Maintenant, si on joue contre eux et qu’il file, je peux le rattraper par le maillot sans problème. J’ai le mien maintenant !”
  • Sa volonté de poursuivre ses études. “Je n’ai pas pu le faire car je n’ai pas eu le temps, mais je le ferai. Pour moi et pour ma famille, qui a fait tant de sacrifices pour que je puisse mener les deux choses de front.”