• L’Argentine Mariana de Almeida fait partie des trois femmes arbitres qui entreront dans l’histoire au Qatar
  • La Coupe du Monde des Clubs sera sa sixième compétition de la FIFA
  • Elle a aussi été l’une des deux protagonistes d’une première en Copa Libertadores

Le lendemain du match qu’elle a arbitré entre Independiente et Arsenal en Primera División argentine, Mariana de Almeida remarque quatre appels manqués de son mari, Javier Uziga, arbitre assistant comme elle. Elle le rappelle alors qu’il est sur le chemin du retour de Paraná, où il arbitrait lui aussi la veille. C’est un Javier euphorique qui lui répond : “Tu vas à la Coupe du Monde des Clubs !”

“Je n’avais pas encore lu les messages, ni l’e-mail contenant les désignations officielles, raconte-t-elle à FIFA.com quelques heures avant son départ pour le Qatar. “Je ne m’y attendais pas du tout. Au-delà de la surprise, j’ai ressenti une fierté et un bonheur immenses”, ajoute l’arbitre assistante (38 ans).

Avec les Brésiliennes Edina Alves Batista (arbitre) et Neuza Back (arbitre assistante), De Almeida sera l’une des trois premières femmes à intégrer le corps arbitral d’une Coupe du Monde des Clubs de la FIFA. “Sur le plan personnel, je prends ça comme une reconnaissance de ma carrière et comme une belle marque de confiance vis-à-vis de mon travail. Et tout ça intervient dans un contexte où de plus en plus de femmes arbitres sont convoquées pour officier lors de compétitions masculines. Ce n’était pas le cas quand j’ai débuté. J’espère que cela sera une source de motivation afin qu’encore plus de jeunes filles et de femmes se consacrent à l’arbitrage.”

Supportrice, journaliste, arbitre

Passionnée de sport, elle s’est lancée en 2000 dans le journalisme sportif. “Il y avait des cours consacrés à l’arbitrage, au règlement surtout. Et ça m’a plu. Mais j’ai ressenti que si j’étais amenée à m’exprimer sur le sujet, en tant que femme, il fallait que j’approfondisse mes connaissances”, explique De Almeida. Son professeur, un ancien arbitre, lui a recommandé de suivre la formation de l’association argentine des arbitres.

Quand il a fallu passer à la pratique, Mariana a vraiment commencé à prendre plaisir et à envisager d’en faire son métier. “À cette époque, je faisais un stage dans un quotidien sportif, mais je savais que les deux choses ne seraient pas compatibles. Donc j’ai décidé de me consacrer à l’arbitrage”, se souvient-elle, même si tenir le sifflet n’était pas forcément sa priorité. “Je préférais collaborer avec l’arbitre central, tenir ce rôle secondaire qui se retrouve parfois au premier plan, car nos décisions sont importantes. J’aimais l’angle sous lequel on voit l’action depuis la ligne de touche.”

The Match officials, Carol Anne Chenard, Olga Miranda and Mariana De Almeida© Getty Images

Un seul règlement

De Almeida estime avoir été gâtée par son parcours dans l’arbitrage. Même quand elle a fait ses débuts en 2006 sur des matches de jeunes, en tant qu’arbitre de la Fédération argentine de football (AFA). “Les mamans se réjouissaient de voir une femme arbitrer, même si elles étaient un peu moins tendres quand mes décisions ne leur convenaient pas”, précise-t-elle avec humour. Autre situation cocasse, en deuxième division, où les tribunes sont très proches du terrain : “J’étais en train de noter quelque chose et les supporters me criaient des numéros de téléphone…. Je n’ai pas pu m’empêcher de rire.”

Quand elle arbitre, De Almeida ne fait aucune distinction entre les hommes et les femmes. “Il n’y a qu’un seul règlement”, insiste l’arbitre FIFA depuis 2008, qui a reçu sa première convocation à l’occasion de la Coupe du Monde Féminine U-20 de la FIFA 2012. “Ça a été beaucoup d’émotions et j’ai été suppléante en finale. On nous a offert un drapeau, que j’utilise encore aujourd’hui.”

Puis elle a officié lors de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA 2015, le Tournoi Olympique de Football féminin 2016 et la Coupe du Monde Féminine U-17 de la FIFA 2018, avant de connaître sa deuxième Coupe du Monde Féminine en 2019, où elle faisait partie de l’équipe affectée à l’assistance vidéo à l’arbitrage en finale. “C’est un privilège que l’on m’ait fait confiance pour utiliser un outil dont je ne me servais pas depuis longtemps.”

Mariana de Almeida, Carlos del Cerro Grande and José María Sánchez, after the final of the FIFA Women World Cup 2019© Others

D’autres possibilités

En septembre 2020, De Almeida et sa compatriote Daiana Milone sont devenues les premières femmes à intégrer un trio arbitral en Copa Libertadores lors de Racing Club – Nacional. “Cela s’est fait en raison de cas de Covid, mais on nous a fait confiance bien que l’on soit restées sept mois sans exercer et malgré le poids que suppose la désignation d’arbitres du pays de l’équipe qui reçoit. D’autres désignations ont suivi, qui n’ont pas été liées au Covid-19”, souligne-t-elle.

Après avoir dirigé la première finale du championnat professionnel féminin argentin entre Boca Juniors et River Plate, De Almeida est désormais focalisée sur le Qatar. “Je ressens un peu de stress, mais je veux en profiter, au-delà des responsabilités”, confie celle qui était l’arbitre vidéo assistante d’Alves Batista et Back en Coupe du Monde, même si elles n’ont jamais officié les trois ensemble.

Après la Coupe du Monde des Clubs, De Almeida espère que les opportunités se multiplieront. “Maintenant, la VAR a ouvert une autre possibilité. Mais au-delà de mes objectifs personnels, j’aimerais qu’il y ait une arbitre féminine à la Copa América ou à Qatar 2022”, conclut-elle.