• Angelo Schiavio a inscrit le but qui a permis à l’Italie de remporter sa première Coupe du Monde
  • Il incarne l’âge d’or de Bologne
  • Schiavo est décédé le 17 avril 1990

Monti ou Schiavio ? Ce titre de la Gazzetta dello Sport résume à lui seul un dilemme qui a causé bien des nuits blanches au sélectionneur italien, au début des années 1930. “C’était la décision la décision la plus difficile de ma carrière”, reconnaissait volontiers Vittorio Pozzo. Pour le célèbre journal, les deux hommes pouvaient prétendre au titre de “meilleur joueur du monde” à leurs postes respectifs. Malheureusement, ils se détestaient cordialement.

Leurs routes se croisent pour la première fois en 1929, à l’occasion d’une rencontre entre Bologne et San Lorenzo organisée dans le cadre de la tournée sud-américaine du club italien. Les bagarres se multiplient après le transfert de Luis Monti à la Juventus, en 1931. En 1932, alors que Bologne mène dans un match décisif pour le Scudetto, Monti profite de voir son rival à terre pour lui écraser le genou.

La Juve remporte ce match à 11 contre dix et s’adjuge le titre dans la foulée. Angelo Schiavio qualifie Monti de “criminel”, un terme qui, à l’époque, n’a rien d’anodin. “Normalement, je n’aurais pas dû hésiter”, racontait Pozzo. “La moitié de mon équipe jouait à la Juventus, y compris mon capitaine. Nous avions aussi plusieurs Argentins dans nos rangs. Si j’avais laissé Monti de côté, ils m’en auraient sûrement voulu. De plus, Monti avait déjà disputé une Coupe du Monde. Il était sans égal à son poste, alors que j’avais d’autres bons attaquants à ma disposition. Mais je ne me voyais pas me passer du talent de Schiavio.”

Le coup de génie du Vieux Maître

Anzlein manque donc les trois derniers matches de préparation de l’Italie avant la Coupe du Monde de la FIFA™. Mais au bout du compte, l’ancien lieutenant de la Première Guerre mondiale décide d’appliquer une stratégie militaire pour résoudre cette vendetta personnelle. Si les 20 joueurs réunis dans les Alpes pour un ultime stage avant la compétition ont été surpris en voyant arriver Schiavio, on imagine leur stupéfaction lorsque le sélectionneur leur a fait savoir que ce dernier partagerait une chambre avec… Monti et ce pendant deux mois.

Les quatre premiers jours, les ennemis jurés ne s’adressent pas la parole. Mais au fil du temps, la haine laisse place à la camaraderie et les deux hommes abordent la compétition en bons termes. Le Vieux Maître a encore signé un coup de génie ! Et les résultats ne se font pas attendre : dès la première sortie des Azzurri, Monti se retrouve impliqué dans deux actions conclues par Schiavio, qui devient au passage le premier Européen à réussir un triplé en Coupe du Monde.

Cette première salve en annonce une autre. En finale, la Tchécoslovaquie monopolise le ballon pendant les neuf dernières minutes du temps additionnel et au début de la prolongation. Épuisés, Giuseppe Meazza et Schiavio trouvent les ressources nécessaires pour offrir à l’Italie le titre mondial. Le premier parvient à servir Schiavio, qui se débarrasse de Josef Ctyroky et place le ballon dans l’angle du but de Frantisek Planicka. L’Italie remporte sa première Coupe du Monde.

L’empereur de l’improvisation

Sans la présence du génie de Bologne, le destin de l’Italie aurait peut-être été bien différent. Et que serait devenue la carrière de Schiavio sans un coup de pouce du destin ? Durant toute son enfance, le petit Angiolino ne manque jamais une occasion de taper dans le ballon. Mais le décès brutal de son père le contraint à travailler au sein de l’entreprise vestimentaire familiale, à l’âge de 12 ans. Ses journées commencent à l’aube et il ne rentre chez lui qu’à la nuit tombée. À cette époque, le football n’est qu’un doux rêve.

Deux ans plus tard, le magasin organise un match contre les ouvriers d’une usine voisine. Normalement, un garçon de 14 ans n’a pas sa place avec les adultes, mais la maladie de ses frères aînés Raffaele et Marcello lui permet d’intégrer l’équipe au dernier moment. Le jeune homme impressionne le capitaine de l’équipe, qui confie à Raffaele que son frère possède toutes les qualités requises pour devenir footballeur. Ce dernier, en charge de l’entreprise familiale, assouplit les horaires de son jeune frère pour lui permettre de jouer au football.

Commence alors pour Schiavio carrière qui ressemble à une longue série de dribbles, durant laquelle il élimine des centaines d’adversaires. Il est à la fois rapide, technique et très résistant. Il tire plus vite que tout le monde, ce qui lui permet de surprendre les gardiens. Il devient vite l’empereur de l’improvisation.

Son talent ne passe pas inaperçu à Bologne. Schiavio intègre le club en 1922, à l’âge de 16 ans. C’est là qu’il disputera l’intégralité des 16 saisons de sa carrière, malgré les efforts des géants du Calcio. La Juventus, en particulier, lui fera une cour assidue. L’Inter Milan ira encore plus loin. “Peu après notre victoire en Coupe du Monde, Meazza est venu me trouver au bureau à Bologne pour m’inviter à dîner”, racontait Schiavio. “Il m’a dit que le président de l’Inter était prêt à tout pour me recruter. Le lendemain, le président m’a téléphoné pour me dire : ‘Je sais que vous avez trois magasins à Bologne. Calculez leur superficie totale et je vous offre un magasin d’une superficie équivalente dans la galerie de Milan’. “Je lui ai poliment répondu : ‘Ici à Bologne, je travaille avec ma famille et je joue pour mon club. Ça ne s’achète pas’.”

Bien plus qu’un grand joueur

Schiavio aimait sa ville par-dessus tout. Il aimait aussi son club. Il ne lui a jamais réclamé beaucoup d’argent. Il pouvait se le permettre, grâce à la réussite de l’entreprise familiale. Il n’a jamais accepté les primes et les cadeaux distribués lors des grandes victoires.

Et des grandes victoires, il y en a eu. Quatre Scudetti, deux Coupes Mitropa (compétition qui a valu à Bologne de devenir le premier club italien à remporter un titre continental) et le tournoi international de l’Exposition Universelle 1937. Mais un trophée surpasse tous les autres en prestige. Les poings qui avaient autrefois servis à frapper Monti se sont refermés sur la récompense la plus convoitée de la planète football.

Lors du décès de Monti en 1983, à l’âge de 83 ans, sa famille a été touchée de recevoir un télégramme en provenance de Bologne. Angelo Schiavio était bien plus qu’un grand joueur.

Le saviez-vous ?

  • Angelo voulait devenir comptable, une fois ses études terminées.
  • Schiavio adorait la mode. Il appréciait les vestes en cuir et les casquettes en vogue dans sa jeunesse, mais ne dédaignait pas non plus les costumes Guccio Gucci puis, plus tard, Brioni. Une fois sa carrière terminée, il a travaillé dans l’entreprise familiale, située dans un quartier chic de Bologne.
  • Il est le seul membre de l’équipe d’Italie sacrée championne du monde en 1934 à ne pas avoir été félicité par le Premier Ministre Benito Mussolini, deux jours après la finale. Il avait préféré rester à Bologne pour une réunion professionnelle.
  • Anzlein a marqué 249 buts en 361 matches sous les couleurs de Bologne, ce qui fait de lui le meilleur buteur de l’histoire du club.

Entendu…

“De tous les joueurs italiens que j’ai connu, c’est celui qui m’a le plus marqué. Il avait une intuition magique. Il contrôlait des ballons que personne n’arrivait à toucher. Il était courageux. C’était aussi un très bon dribbleur, doté d’une superbe frappe. J’ai apprécié chaque moment passé à ses côtés sur le terrain.”
Giuseppe Meazza

“Ne me comparez jamais à Angelo Schiavio. Je ne suis même pas digne de cirer ses chaussures.”
Giacomo Bulgarelli*, l’un des plus grands milieux de terrain de l’histoire de l’équipe d’Italie*

“Schiavio était une énigme que personne n’a jamais résolue. Ses dribbles, ses intuitions, ses tirs instantanés, sa capacité à trouver ses partenaires ou à dézoner… il était unique en son genre.”
Ettore Berra*, ancien footballeur et journaliste*

“Quel beau joueur. Il a marqué tant de buts magnifiques.”
Hugo Meisl, sélectionneur de la Wunderteam autricienne