• Arrigo Sacchi fête ses 75 ans le 1er avril 2021
  • Il a transformé le visage du football lors de son passage à l’AC Milan
  • Finaliste de la Coupe du Monde 1994 avec l’Italie

Arrigo Sacchi, ancien vendeur de chaussures devenu en 1987 l’entraîneur de l’AC Milan, avait des idées un peu folles. À son arrivée, il entreprend par exemple de se passer de libéro et d’abolir le marquage individuel. Ses joueurs ont d’abord du mal à masquer leurs doutes. “Cinq joueurs bien organisés pourront toujours battre dix joueurs sans organisation”, affirme avec aplomb le jeune entraîneur.

Pour le prouver, il entreprend d’expliquer à un gardien et à quatre défenseurs, parmi lesquels Franco Baresi et Paolo Maldini, comment pratiquer une couverture alternée. Il demande ensuite aux autres joueurs d’attaquer sa défense, sans leur donner d’instructions. Les attaquants sont d’abord au nombre de quatre, puis cinq, puis six… Finalement, dix joueurs se lancent à l’assaut du but. Le match d’entraînement s’achève sur un score nul et vierge. Restés muets, les Ruud Gullit, Marco van Basten, Frank Rijkaard et autres Carlo Ancelotti sont cette fois convaincus.

A l’occasion de l’anniversaire de Sacchi, qui fête ses 75 ans ce 1er avril 2021, retour sur quelques moments marquants de sa carrière et sur sa philosophie

“Nous nous entraînions pour synchroniser les mouvements des 11 joueurs. L’idée générale était de créer une prise de conscience du contexte de ce jeu. Les 11 joueurs doivent toujours être en position active, avec ou sans ballon.”

Sacchi


© imago images

Footballeur modeste, Sacchi n’évoluera jamais au-delà du niveau amateur. Cette carrière discrète le contraint à débuter son métier d’entraîneur tout en bas de la pyramide. En parallèle, il travaille dans l’usine de chaussures de son père. La Coupe d’Italie 1986/87 lui donne toutefois l’occasion de se faire un nom. Avec Parme, qu’il a mené de la Serie C1 à la Serie B, il bat l’AC Milan à deux reprises. L’année suivante, Silvio Berlusconi décide de lui confier les clés de son équipe.

Aux journalistes qui lui reprochent son manque d’expérience en tant que joueur, Sacchi répond sans se démonter : “Je ne savais pas qu’il fallait avoir été cheval avant d’être jockey”.Dès sa première saison à Milan, il remporte le Scudetto. L’année suivante, il ajoute une Coupe d’Europe des Clubs Champions et la Coupe Intercontinentale à son palmarès.

AC Milan after winning the 1989 European Cup 

© imago images

Ses idées sont radicales pour l’époque, mais elles ne tardent pas à faire école. Aujourd’hui encore, elles forment la base du football moderne : plus de marquage individuel et une couverture alternée en fonction de la position du ballon ; un pressing agressif avec des éléments novateurs comme le jeu sans ballon et le blocage des circuits préférentiels de l’adversaire ; la réduction des espaces et un plan de jeu clairement établi.

Pour appliquer sa philosophie, Sacchi opte pour un 4-4-2 dans lequel les attaquants et les défenseurs ne doivent jamais être séparés de plus de 25 mètres. Cette réduction des espaces est la norme aujourd’hui, mais elle était révolutionnaire à l’époque. De plus, le hors-jeu s’impose rapidement comme un élément central de sa stratégie. Pour rappel, dans les années 1980, un attaquant sur la même ligne que l’avant-dernier défenseur adverse était systématiquement sanctionné.

“Il n’y a eu qu’une seule véritable révolution tactique, lorsque le football est passé d’un jeu individuel à un jeu collectif. L’idée d’apprendre aux 11 joueurs à évoluer comme un seul homme me donne encore la chair de poule.”

Sacchi

“Les équipes italiennes se sont toujours concentrées sur la défense. Nous, nous avons choisi de défendre en attaquant et en mettant la pression sur l’adversaire. Sacchi avait capté l’essence du football moderne. À mon avis, son 4-4-2 représentait la seule façon d’entrer dans cette modernité”, explique Ancelotti, qui deviendra lui-même par la suite un entraîneur de renom.

“Sacchi est à l’origine d’une véritable révolution dans le football italien, tant sur le plan mental que tactique. Nous avions notre propre façon de jouer et nous nous sommes confrontés à tous les adversaires, des amateurs à l’entraînement pendant la semaine au Real Madrid à Santiago Bernabeu”, confirme Donadoni.

À l’entraînement, Sacchi aime aligner son équipe dans sa formation de base, avant d’indiquer où se trouve un ballon imaginaire. Les joueurs se déplacent sur le terrain en fonction des informations qu’ils reçoivent, jusqu’à acquérir des automatismes. En attaque, la méthode est similaire : cette fois, il y a un ballon en jeu, mais pas d’adversaires. Les joueurs développent des mouvements offensifs dans une formule à 11 contre 0. De nos jours, beaucoup de formateurs ont adopté cette pratique mais, à l’époque, les détracteurs ne manquent pas.

Quand j’ai entraîné Bellaria en quatrième division, je suis entré une fois dans le vestiaire lorsqu’un joueur a déclaré : ‘Cet entraîneur fait des choses avec nous que je n’avais pas à faire en Serie A ou en Serie B. C’est soit un génie, soit un fou.’ Je lui ai dit : ‘J’espère que c’est la première possibilité.'”

Sacchi

“Il nous faisait répéter les mêmes choses, tout le temps. Surtout à nous, les défenseurs. Tous les jours ! Mais quand on se retrouve avec Baresi, Costacurta et Tassotti, nous sommes encore capables de jouer comme à l’époque. Ce sont des choses qu’on n’oublie pas. C’était l’un des ingrédients de notre succès”, se souvient Paolo Maldini.

Souvent, la philosophie de Sacchi se trouve réduite à cette défense à quatre et à l’aspect défensif de sa formation milanaise. Pourtant, il aimait aussi le spectacle, ce qui l’a conduit à se détourner du catenaccio. “J’envoie mes joueurs sur le terrain pour qu’ils donnent du plaisir aux spectateurs pendant 90 minutes. Quand mon équipe a le ballon, je veux voir cinq hommes devant. Je veux toujours avoir une solution sur l’aile gauche et une autre sur l’aile droite. En revanche, il n’est pas nécessaire que ce soient toujours les mêmes joueurs”, précise Sacchi.

Logiquement, la Fédération italienne le nomme sélectionneur en 1991. Trois ans plus tard, il mène la Nazionale en finale de la Coupe du Monde de la FIFA, États-Unis 1994™, avant de s’incliner face au Brésil aux tirs au but. “Les Brésiliens étaient meilleurs que nous, ils méritent leur victoire. De toute façon, je ne voulais pas d’un titre obtenu à l’arrachée. C’est très important à mes yeux”, commentera-t-il plus tard.

Deux ans plus tard, à l’UEFA EURO, son équipe doit absolument s’imposer face à l’Allemagne pour franchir la phase de groupes. L’Italie fait le spectacle, mais elle rate le penalty qui lui aurait permis de continuer l’aventure au-delà du premier tour.

Malgré ces deux échecs, qui auraient pu enrichir son palmarès, Sacchi reste considéré comme un entraîneur incontournable dans l’histoire du football, grâce à ses idées qui, aujourd’hui encore, continuent d’influencer de nombreux entraîneurs.

“Maintenant que je travaille en tant qu’entraîneur, je comprends complètement votre travail !”

Van Basten, à l’attention de Sacchi

Arrigo Sacchi attends during the Italian Football Federation Kick Off seminar on June 20, 2015 in Cesena, Italy.

© Getty Images