• Il rêvait de devenir footballeur ; à 20 ans, il jouait Russie 2018.
  • “Tout le pays a vécu ça à fond. C’était notre première Coupe du Monde.”
  • Objectifs : participer à Qatar 2022 avec le Panama et briller en Espagne.

Enfant, José Luis Rodríguez rêvait de devenir footballeur. Il le répète souvent : c’était très clair dans sa tête. Il a grandi dans un quartier dangereux de Panama, mais cela ne l’a pas détourné de son objectif : “Au quartier, tout le monde aimait jouer au foot”. C’est ainsi qu’a commencé l’histoire d’un joueur que tout le monde connaît désormais dans son pays.

Il a fait ses débuts professionnels à 16 ans au Panama et a très vite été appelé en équipe nationale. Tout a démarré de là, ce qui n’a pas trop plu à sa mère… “Elle m’a dit que j’étais en train de laisser tomber mes études et que je devais faire un choix”, raconte le joueur au micro de FIFA.com. Son choix a été de faire le grand saut en Europe, ce qui l’a mené à représenter son pays à la Coupe du Monde de la FIFA 2018 et lui a valu de se faire une place dans le cœur de ses compatriotes.

C’était lors de la troisième journée de la phase de groupes. Le score entre la Tunisie et le Panama est bloqué à 0-0 lorsqu’une frappe déviée de Rodríguez permet aux Canaleros de mener 1-0. Pour la première fois de son histoire, le Panama prend l’avantage au tableau d’affichage lors d’une Coupe du Monde. Le buteur laisse exploser sa joie avec la sensation que tout un pays exulte derrière lui : ” Quand j’ai vu le ballon entrer, je me suis mis à courir, je me souviens que ça partait un peu dans tous les sens, je disais un peu de tout. J’étais heureux, je le criais, mes coéquipiers me disaient : ‘Allez, on peut le faire !’.”

Même si le but a été attribué au Tunisien Yassine Meriah, contre son camp, le gaucher de 22 ans le revendique : “J’ai toujours dit que ce but, il est pour moi. Si je ne frappe pas, ça ne touche pas l’adversaire et il n’y a pas but. Pour tout le Panama, c’est moi qui ai marqué ce but”.

Cette Coupe du Monde et ce but ont servi de tremplin à l’ailier, qui n’a cessé de progresser depuis. Il a d’abord atterri en équipe réserve de La Gantoise, avant de voir s’ouvrir les portes de l’Espagne, où il figure sur les tablettes d’Alavés. À l’époque, il se dit : “C’est ce que je veux faire et je vais me battre pour réaliser mon rêve d’aller loin en Europe et d’envoyer mon pays au plus haut niveau possible”.

Mais tout n’a pas été simple. Pas évident pour un garçon de 18 ans de traverser l’Atlantique en laissant derrière lui son pays, sa famille et ses amis. “Ç’a été très dur. J’étais habitué à vivre avec ma mère, je ne l’avais jamais quittée. Ma première année a été très compliquée. Très souvent, je pensais à mes amis, à ma famille, à mon un fils… Ça m’affectait beaucoup de ne pas pouvoir le voir.”

Mais c’est aussi à cette période qu’il se fixe un objectif : “Je savais ce que je voulais faire dans la vie, c’était très clair dans ma tête. J’avais deux possibilités : revenir au Panama, au quartier, et suivre le même chemin que certains de mes coéquipiers, le mauvais chemin ; ou bien me battre pour réaliser mon rêve de devenir footballeur professionnel et aller le plus haut possible”.


© Getty Images

Cap sur la Liga

En 2019, il arrive en Espagne et tout s’éclaire pour lui. “Après la Coupe du Monde, l’occasion d’aller à Alavés a été une aubaine. En réserve, ça s’est très bien passé : je suis arrivé en Tercera División (équivalent de la quatrième division) et on est montés en Segunda B (troisième division). Beaucoup de monde m’a vu jouer, on disait du bien de moi et le club était très satisfait”.

S’est alors présentée la possibilité d’un prêt au CD Lugo, en Segunda División, cette saison : “À ce jour, c’est la meilleure décision que j’ai prise. Je suis content car je suis devenu un joueur important de l’équipe”, explique-t-il. Mais son ambition ne s’arrête pas là : “Cette année, j’espère jouer en Primera División et y faire ma place, à Alavés j’espère”, indique-t-il à propos du club auquel il appartient et avec lequel il a fait ses débuts en Liga face au Real Madrid.

José Luis Rodríguez - Panama

© Others

Cette expérience européenne se révèle très précieuse pour lui avec la sélection panaméenne, avec laquelle il s’engage cette semaine dans les qualifications pour la Coupe du Monde. “Les premiers matches vont être compliqués. Il faut atteindre le deuxième tour et voir si on peut accéder à l’Hexagonal (mini-championnat finals à six). L’équipe est motivée et elle va tout donner pour le pays.”

Le Panama entame son parcours dans le Groupe D de la zone Concacaf face à la Barbade (le 25 mars) et la Dominique (le 28 mars), deux matches disputés en République dominicaine : “J’aurais aimé jouer ces matches à la maison”, reconnaît-il, même s’il mesure les problèmes d’organisation engendrés par la pandémie.

Des souvenirs plein la tête

Le vécu engrangé au cours des dernières années fait de lui un homme qui compte dans le vestiaire canalero, ce que l’on remarque quand il s’exprime sur l’objectif : “On ne peut pas se permettre d’y aller simplement pour jouer. Il faut y aller en ayant confiance en nous. Et si l’opportunité de revenir à la Coupe du Monde se présente, on ira la chercher. Si on y retourne, on essaiera au moins de gagner un match”.

Car les souvenirs de la Russie restent bien ancrés dans la mémoire de Rodríguez et de son pays : “C’est une grande expérience, un très beau rêve qui se concrétise. Tout le pays a vécu ça à fond. Pour moi, ç’a été une expérience fantastique. Faire une Coupe du Monde, être titulaire. Je me souviens être entré dans le stade plein, écouter l’hymne de mon pays… Tout un tas de choses m’est passé par la tête”.

La prochaine étape consiste désormais à se lancer dans le marathon des qualifications, avec l’idée de revivre ces moments inoubliables.

Jose Luis Rodriguez of Panama celebrates

© Getty Images

José Luis Rodríguez en bref

Les mots de sa mère avant son départ pour l’Europe : “Elle voulait que je poursuive mes études, mais on a parlé et je lui ai dit que je voulais devenir footballeur, que je pouvais aller en Belgique. Je rêvais de jouer en Europe et je lui ai demandé de me soutenir, ce qu’elle a fait”.

Une idole : “Cristiano Ronaldo. Je le suis depuis tout petit. J’admire son éthique de travail, ç’a été mon modèle. J’essaie de m’intéresser à sa vie, à sa progression et aux efforts qu’il a essayé de faire. J’essaie d’emprunter cette voie”.

Ce qui lui manque du Panama : “Les plats de ma mère, dont son riz avec des lentilles au lait de coco et des côtelettes à la plancha”.

Quelque chose de son pays qu’il aimerait avoir avec lui en Espagne : “Ce que je veux ? Ma mère. Pour qu’elle puisse vivre avec moi”.

Sur le fait de pouvoir reproduire ce que Rommel Fernández (ancien joueur décédé en 1993 qui a donné son nom au stade où le Panama dispute ses matches internationaux) a fait en Espagne : “Ce serait une grande fierté pour moi, comme pour ma famille, mes amis, mon quartier et le Panama. Rommel Fernández était originaire du même quartier que moi et j’espère atteindre, voire dépasser, ses statistiques en Espagne. Ç’a été un très grand joueur”.

Image of the Rommel Stadium in Panama City 

© LOC