• Edoardo Reja à a tête de l’Albanie depuis avril 2019
  • Il a remporté son groupe de Ligue des Nations de l’UEFA
  • Il rêve de qualifier l’Albanie pour sa première Coupe du Monde de la FIFA™

Lorsque Edoardo Reja a pris place sur un banc de touche pour la première fois, Zinédine Zidane et Pep Guardiola avaient respectivement sept et huit ans. Jürgen Klopp en avait 11, et Julian Nagelsmann, lui, n’était même pas encore né… Quatre décennies plus tard, “Edy” Reja, 75 ans, vit sa 26ème expérience d’entraîneur, avec une motivation toujours intacte.

Resté quasi exclusivement dans son Italie natale, à l’exception d’un court passage à l’Hajduk Split, en Croatie, son dernier défi en date est pourtant inédit, puisqu’il entraîne pour la première fois une sélection nationale. À la tête de l’Albanie depuis avril 2019, il a déjà remporté son groupe de Ligue des Nations de l’UEFA, et rêve désormais de la qualifier pour sa première Coupe du Monde de la FIFA™.

Au micro de FIFA.com, le technicien passé notamment par la Lazio, Naples et l’Atalanta Bergame, évoque ses ambitions sur la route de Qatar 2022 à l’approche du tirage au sort de la Zone Europe, ainsi que les leçons apprises de son long parcours, qu’il rêve de finir en apothéose, et au cours duquel il n’a jamais perdu sa passion.

© imago images

M. Reja, vous avez votre groupe de Ligue des Nations de l’UEFA et vous avez été promu dans la Ligue B. Qu’avez-vous appris sur votre équipe lors de cette compétition ?

La Ligue des Nations a été une expérience intéressante. Dans cette compétition, chaque équipe a une philosophie de jeu différente. Il a fallu plusieurs fois s’adapter à l’adversaire. Nous avons bien préparé les matchs et j’ai reçu une belle réponse de l’équipe. J’ai aimé son adaptation à des tactiques de jeu différentes et j’ai apprécié le comportement des jeunes joueurs, qui ont montré leur valeur. C’était un vrai plaisir car je dois dire qu’avant ces matches, j’avais un peu peur. La scène internationale aurait pu être dangereuse pour les joueurs nés en 1999-2000-2001 avec si peu d’expérience. L’équipe nationale est toujours une responsabilité grande et difficile. Ils ont été très courageux et nous ont permis d’avoir moins de difficultés pour faire face au grand nombre d’absences dues au COVID-19 et aux blessures.

Au contraire, qu’est-ce que vous n’avez pas aimé et que pouvez-vous améliorer avant le début des qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA 2022?

Je n’ai pas aimé le fait qu’après une victoire, nous ne gardions pas notre concentration et la détermination. Ce n’est pas permis à ce niveau de se détendre, de baisser la concentration, car vous ne donnez alors pas votre maximum, et même l’adversaire le plus faible peut vous frapper. En étant décontractés, nous ne sommes pas assez agressifs pour atteindre le résultat. Nous nous sommes même mis en difficulté contre le Belarus, lorsque nous avons encaissé un but stupide juste après avoir marqué le deuxième. Si nous voulons grandir et nous améliorer, nous devons faire preuve de plus d’attention et de beaucoup plus de concentration.

L’Albanie s’est qualifiée pour l’UEFA EURO 2016, mais n’a pas confirmé lors des éliminatoires de la Coupe du Monde 2018 et de l’EURO 2020. Dans les qualifications pour la Coupe du Monde 2022, est-ce réaliste de viser une qualification ?

Nous avons montré que nous étions une équipe compétitive. Notre ambition est de nous améliorer autant que possible. Nous devons viser le rêve de la qualification car il faut croire en ses objectifs. Cette équipe, si elle en est convaincue et si elle me suit, peut obtenir de grandes performances. Notre parcours sera également déterminé par le tirage au sort, mais les rêves peuvent devenir réalité. Si on n’y croit pas, on ne peut pas accomplir de grandes choses.

D’après ce que vous avez vu du football albanais depuis deux ans, quel est son potentiel et quelles améliorations pouvez-vous apporter ?

Le football albanais est en constante croissance et le travail de la Fédération doit être salué, notamment son investissement dans les infrastructures et l’augmentation des capacités humaines et professionnelles. J’ai assisté à de nombreux matches, le niveau est bon mais, bien sûr, l’aspect tactique doit être amélioré. Sur la mentalité, les plans de match et l’aspect physique, il y a beaucoup à faire.

Edoardo Reja, coach of Atalanta (2016)© imago images

Qu’est-ce qui vous a fait accepter ce défi d’une équipe nationale après avoir passé toute votre carrière dans des clubs ?

J’ai un long parcours en tant qu’entraîneur – 41 ans maintenant -, et je pense avoir eu tout ce que je voulais en club. J’ai atteint la limite. Mais pas dans la motivation ou l’ambition. J’ai commencé avec de petites équipes et progressivement, je suis passé à des équipes plus grandes. Je dois dire la vérité : j’ai toujours atteint les résultats visés, je n’ai jamais échoué. C’était le moment de dire stop. Je voulais diriger une équipe nationale car c’était la seule pièce manquante pour compléter mon puzzle du football. Au moment où la proposition de l’Albanie est arrivée, je l’ai acceptée avec beaucoup d’enthousiasme. Je voulais connaître le sentiment d’une sélection, ses problématiques, car ce n’est évidemment pas la même chose avec les clubs, où les joueurs sont toujours à votre disposition. En équipe nationale, vous n’avez qu’une semaine ou dix jours pour vous entraîner, et vous devez avoir la capacité de voir rapidement qui est en forme et qui ne l’est pas. C’est une expérience stimulante.

Vous avez souvent travaillé avec de “petites” équipes que vous avez réussi à faire beaucoup progresser. Est-ce un défi est-il plus intéressant que de prendre une grande équipe et la maintenir au sommet ?

À mes débuts, j’avais l’ambition d’entraîner de grandes équipes comme l’Inter et la Juventus. Mais je n’ai pas entraîné de “petites” équipes. J’ai entraîné des équipes qui ont chuté en Serie B ou qui ont connu de grandes difficultés en Serie A. Bologne, Genoa, Vérone, Cagliari… Ces équipes avaient un certain niveau mais étaient dans des périodes difficiles. Partout où j’ai été entraîneur, j’ai atteint les objectifs, je suis monté quatre fois de Serie B en Serie A. J’ai progressé avec la Lazio et Naples, que j’ai emmené en Coupe UEFA, ce qui était un exploit. J’ai pris un plaisir extraordinaire et j’espère que ce long voyage se conclura avec l’Albanie. Pourquoi ne pas l’emmener en Coupe du Monde, ou au moins au Championnat d’Europe 2024 ?

Au cours de votre longue carrière, y a-t-il des regrets et des choses dont vous êtes vraiment fier ?

Je n’ai aucun regret car cette vie m’a tout donné. J’ai fait un travail que j’aimais. J’ai joué comme footballeur au haut niveau, et ensuite j’ai commencé à entraîner. J’ai fait beaucoup de sacrifices, mais j’ai toujours adoré ce travail. J’ai toujours le même enthousiasme qu’à mes débuts. J’ai toujours aimé ce sport et j’y suis toujours malgré mon âge. J’ai un esprit jeune et je me sens fort. Ma plus grande réussite a été le parcours avec Naples de Serie C en Serie B, puis en Serie A et en Coupe UEFA, le tout en trois ans. Ce fut un séjour de trois ans au paradis du football, avec un immense enthousiasme de tous les habitants, et la façon dont ils vivent le football. Je me sens chanceux parce que j’ai exercé le métier que j’ai toujours aimé, et je n’ai rien à regretter dans tout ce que j’ai fait.

Coach of Lazio Edoardo Reja (L) and Miroslav Klose© imago images

Vous avez entraîné des centaines de joueurs au cours de ces 40 années. Quels sont ceux qui vous ont le plus marqué, ou avec qui vous avez eu une relation spéciale ?

Je ne peux pas imaginer le nombre d’entraîneurs et de joueurs avec lesquels j’ai d’excellentes relations et qui m’appellent encore ! Donc je dois faire une longue liste ! (rires) J’ai entraîné de grands joueurs tels que Andrea Pirlo ou Miroslav Klose, qui a disputé quatre Coupes du Monde et est le meilleur buteur de la compétition. J’avais une excellente relation avec lui. Un joueur intelligent et génial. A Naples, j’ai travaillé avec Marek Hamsik, Ezequiel Lavezzi… Comment ne puis-je retenir qu’un nom étant donné que j’ai toujours de bonnes relations avec de nombreux joueurs ?

Votre père était vigneron. Il dirait probablement que, comme un bon vin, vous vous bonifiez avec l’âge. Avez-vous le sentiment que chaque expérience fait de vous un meilleur entraîneur ?

Si vous avez une bonne base et si tous les processus sont effectués correctement, c’est sûr que le vin sera bon. Et si vous gardez une bonne bouteille, plus le vin est vieux, meilleur il sera ! Mais je ne peux pas dire cela de moi. Il ne m’appartient pas de juger ce que je suis, ce que j’ai fait. Je laisse les autres le faire, comme je l’ai toujours fait. L’humilité de mes parents m’a appris à garder les pieds sur terre, car le meilleur reste à venir. Demain sera meilleur qu’hier. Je pense toujours de manière positive, je suis une personne positive. Je n’ai pas de rancune et je regarde toujours devant. Je n’aime pas parler du passé même si l’expérience est un facteur décisif dans notre métier et si je suis arrivé à ce niveau en m’améliorant chaque jour, je le dois au passé. Mais je travaille tous les jours, je regarde des matchs, je parle avec d’autres entraîneurs, je me tiens à jour concernant la préparation physique. Avec l’évolution du football, vous devez rester au fait des nouveautés, sinon vous ne pouvez pas rester au plus haut niveau. C’est ce que j’ai fait jusqu’à présent.

Vous avez quitté votre domicile et commencé votre aventure footballistique il y a 60 ans. Pouvez-vous imaginer où et quand ce voyage se terminera ?

Cela a toujours été ma vie. Ma passion mourra avec moi, parce que je suis né avec le ballon. J’adore le ballon, il m’a accompagné toute ma vie et m’a donné une immense satisfaction.