Appelé à succéder à Ottmar Hitzfeld à la tête de la Suisse en 2014, Vladimir Petković se savait attendu au tournant. Le technicien de 57 ans a fait ses preuves, au point que ses dirigeants ont récemment prolongé son contrat jusqu’au terme de l’année 2022.

Sous la houlette de Petković qui, huit mois avant de prendre en main les destinées de la Nati, dirigeait la Lazio en Serie A italienne, la Suisse a validé son billet pour l’UEFA EURO 2016 en France puis pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018™. À chaque fois, des défaites frustrantes ont empêché les Confédérés de franchir le cap des huitièmes de finale, contre la Pologne (1-1 puis 5-4 aux tirs au but) en France, et face à la Suède (0-1) en Russie.

Alors que le tirage au sort des qualifications européennes pour la Coupe du Monde de la FIFA, Qatar 2022™ se profile à l’horizon, le sélectionneur de la Suisse répond aux questions de FIFA.com.

M. Petković​, quel bilan tirez-vous de l’année 2020 ?

C’est une date qui restera dans l’histoire. Le monde entier a été pris de court par une terrible pandémie et le football ne fait pas exception à la règle. Personnellement, je prends la vie comme elle vient et j’essaye d’en tirer le meilleur parti. Après une longue interruption, nous nous sommes retrouvés avec huit matches programmés en un peu moins de trois mois. Nous avons donc traversé une période de travail intense, mais également très instructive. Nous avons affronté de grandes nations européennes en Ligue des Nations de l’UEFA. Les résultats auraient pu être meilleurs mais, contre l’Allemagne et l’Espagne, nous avons pu constater que nous avions les qualités requises pour prendre le jeu à notre compte et rivaliser avec les meilleurs.

Votre métier de sélectionneur a-t-il été affecté par la pandémie de Covid-19 ?

Nous avons traversé une longue période sans rassemblements, ni matches. Au bout du compte, nous n’avons été actifs que pendant trois mois. Afin de maintenir le contact entre l’équipe technique et les joueurs, nous avons organisé des réunions numériques. Parfois, c’était juste pour le plaisir de se voir et de trinquer virtuellement ensemble. J’ai beaucoup parlé au téléphone avec mes internationaux. J’ai aussi suivi leurs matches, mais plutôt à la télévision qu’en direct dans le stade. Les joueurs se sont habitués à ce nouveau mode de fonctionnement. Du côté de l’équipe technique, nous avons dû mettre en œuvre en peu de temps des choses qui n’étaient pas vraiment possibles auparavant. Mais, comme je l’ai dit, j’ai tendance à prendre les choses comme elles sont et à m’adapter.

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Qu’attendez-vous de l’année 2021 et quelles sont vos ambitions pour l’UEFA EURO ?

Le programme s’annonce chargé. Ça nous convient et nous espérons que nous pourrons bientôt vivre et jouer au football comme nous le faisions avant la pandémie. Nous avons beaucoup investi dans notre campagne de Ligue des Nations, pour préparer l’EURO. Nous voulons nous qualifier pour la Coupe du Monde au Qatar et aller le plus loin possible en phase finale de l’EURO. Avec une équipe comme la mienne, tout est possible. Si tout s’agence bien pour nous, nous avons les moyens de réussir quelque chose d’intéressant.

Avec l’Italie, la Turquie et le Pays de Galles, comment jugez-vous le niveau de votre groupe à l’EURO ?

Ce sont trois adversaires de qualité. Mais nous n’avons pas de raison de faire des complexes. Nous disputerons chaque match avec l’ambition de gagner. Les Italiens et les Turcs auront un petit avantage car ils auront des matches “à domicile”, les premiers à Rome et les seconds à Bakou. Notre premier objectif sera de sortir de ce groupe.

Vladimir Petkovic, Head Coach of Switzerland, Senol Gunes, Head Coach of Turkey, Roberto Mancini, Head Coach of Italy and Ryan Giggs, Head Coach of Wales pose© Getty Images

L’Allemagne a concédé une lourde défaite contre l’Espagne (6-0), alors que peu de temps avant, vous aviez tenu en échec la Roja (1-1). Comment expliquez-vous ces résultats ?

Quand l’Allemagne perd 6-0, c’est toujours une surprise. Mais il ne faut pas oublier qu’il n’y pas si longtemps, elle avait battu le Brésil 7-1. En football, tout va très vite. Il y a des jours où tout paraît facile. Ce sont des choses qui arrivent, surtout à notre époque où les équipes n’hésitent pas à procéder à des expériences en vue de l’EURO ou des qualifications pour la Coupe du Monde. Ce résultat prouve que les Espagnols sont très forts et que leur projet avance bien. Il jette aussi un autre éclairage sur le nul 1-1 que nous avions obtenu trois jours plus tôt face à ces mêmes Espagnols. Sur le coup, pourtant, certains nous avaient jugés sévèrement.

Niklas Suele of Germany jumps for a header with Breel Embolo of Switzerland© Getty Images

En septembre et en octobre, vous avez également réussi deux nuls contre l’Allemagne. Quel bilan tirez-vous de cette performance ?

Nous avons toujours dit que nous n’avions pas à rougir de la comparaison avec n’importe quel adversaire. Nos internationaux jouent dans les meilleurs championnats du monde, où ils côtoient régulièrement des joueurs de l’Allemagne. Nous nous sommes rapprochés du très haut niveau. Ces nuls en sont la preuve, mais nous avons également pu constater qu’il nous manque encore un petit quelque chose pour faire pencher la balance en notre faveur dans ces rencontres.

Dans les qualifications pour la Coupe du Monde 2022 au Qatar, y a-t-il un adversaire que vous voudriez éviter ?

Un tirage au sort de Coupe du Monde, ce n’est pas une liste de vœux. Dans le premier chapeau, toutes les équipes sont redoutables. Il y a aussi de très bonnes équipes dans le deuxième et le troisième. Comme toujours, nous prendrons les choses comme elles viennent, en comptant sur un petit coup de pouce du destin, en espérant que nos performances nous permettront de nous qualifier. Nous sommes très confiants et nous croyons en nos chances. La qualification s’annonce néanmoins plus difficile que jamais car seul le premier de chaque groupe et les trois meilleurs deuxièmes représenteront l’Europe.

La pandémie de Covid-19 affecte-t-elle les résultats et peut-elle conduire à des surprises ?

Non, je ne pense pas. La pandémie touche tout le monde. Toutes les fédérations et toutes les équipes sont confrontées aux mêmes difficultés. En Ligue des Nations, tout le monde a dû apprendre à faire face à cette nouvelle donne. En revanche, nous avons vu que certaines nations pouvaient encore s’améliorer dans leur gestion de la crise.

Quel regard portez-vous sur la Coupe du Monde 2022 qui aura lieu en hiver ?

La préparation sera écourtée, mais la Coupe du Monde aura lieu en hiver, ce qui signifie que les joueurs seront moins fatigués que d’habitude. Ceux qui évoluent dans de grands clubs sont généralement très sollicités sur l’ensemble de la saison. Je m’attends donc à ce que l’intensité et la qualité des matches atteignent de nouveaux sommets. Les sélectionneurs et les équipes vont devoir s’adapter à ce nouveau contexte s’ils veulent réussir une bonne Coupe du Monde. Pour les supporters suisses qui resteront au pays, ça signifie qu’il faudra probablement assister aux retransmissions publiques en intérieur, plutôt que dehors, par une belle soirée d’été. À l’inverse, ceux qui vivent dans l’hémisphère sud vont découvrir une Coupe du Monde en plein cœur de l’été.

La Suisse a atteint les huitièmes de finale lors des quatre dernières Coupes du Monde. Pouvez-vous faire encore mieux en 2022 ?

En tout cas, nous y travaillons. Nous cherchons toujours à progresser, pas à pas. Pour commencer, il faut déjà se qualifier. Ensuite, nous essaierons de passer la phase de groupes. Enfin, nous ferons le maximum pour que notre voyage au Qatar comporte beaucoup d’autres étapes.