• Sam Mewis vient d’être élue Joueuse de l’année aux États-Unis
  • La milieu de terrain évolue chez les Anglaises de Manchester City
  • Mewis évoque sa mentalité, sa famille et ses ambitions

Si un terme, outre “excellence”, définit parfaitement l’équipe nationale féminine des États-Unis, c’est bien la “confiance”. Les Américaines sont les meilleures au monde et elles le savent.

L’internationale américaine Sam Mewis, elle, a une raison de plus de rouler les mécaniques : elle vient d’être élue Joueuse de l’année dans son pays. Haut la main. Mewis s’est également montrée excellente à Manchester City où elle est arrivée pour allonger la superbe liste de stars américaines en WSL anglaise.

Le sélectionneur américain Vlatko Andonovski décrit son excellente milieu de terrain comme étant “l’illustration parfaite de ce qu’incarne l’équipe nationale américaine”. Pourtant, Mewis ne transpire la confiance. Loin de là.

Elle ne fait pas dans la fausse modestie lorsqu’elle affirme “espérer être appelée pour le prochain stage” de l’équipe nationale ou quand elle déclarait, avant la finale de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, France 2019™, “ne pas vouloir être la raison pour laquelle on ne va pas gagner”. C’est en effet la discrétion, voire la timidité, qui a modelé sa carrière.

En revanche, la détermination de la joueuse de 28 ans à ne jamais stagner est criante à chaque rencontre. C’est ce dévouement envers son développement personnel qui a permis à Mewis d’oublier sa non-sélection à Canada 2015 pour finalement décrocher sa première sélection en 2019 avant de devenir “la meilleure joueuse de notre équipe”, selon les dires de Megan Rapinoe.

Une blessure à la cheville, contractée après avoir marqué un triplé contre la Colombie au mois de janvier, empêchera Mewis de montrer l’étendue de ses talents à l’occasion de la SheBelieves Cup. Elle soutiendra cependant ses coéquipières et en particulier sa sœur Kristie et espère que les deux milieux Mewis sauront décrocher l’or au Tournoi Olympique de Football féminin cette année.

Sam, vous êtes internationale américaine avec Kristie depuis que vous êtes toute jeune. Vous avez passé votre adolescence à disputer des tournois aux quatre coins du monde. Avec le recul, quels souvenirs gardez-vous de ces expériences ?

Vivre loin de chez soi, jouer au foot à un très haut niveau contre des joueuses d’autres cultures… C’était une très bonne préparation pour ce que j’ai vécu en 2019 à la Coupe du Monde sénior. La structure est vraiment similaire d’un tournoi à l’autre alors vivre ça quand tu es toute jeune – et apprendre à en connaître les difficultés – ça te prépare pour les tournois à plus grande échelle. Voyager à travers le monde, surtout à un si jeune âge, est déjà un véritable privilège, mais vivre cette expérience avec ma sœur, c’était encore plus spécial même s’il y a eu des moments où on ne s’entendait pas toujours très bien à l’époque ! (rires) Mais même malgré cela, le foot était notre point commun. Les gens de l’extérieur ne comprenaient pas toujours ce côté-là, donc ça nous a rapprochées.

On peut dire que ces conflits d’adolescentes sont bel et bien dans le passé aujourd’hui ? Kristie et vous paraissez inséparables.

C’est sûr. Ma mère dit toujours : “Heureusement qu’elles sont amies maintenant !” (rires) Dans ces tournois juniors, pendant nos années lycée, on se disputait vraiment beaucoup. Je pense que c’était dur d’être aussi similaires. On faisait la même chose, on suivait le même chemin et du coup, comme on était sœurs, les gens de l’extérieur nous comparaient toujours l’une à l’autre. Je pense qu’on comprend mieux, aujourd’hui, que c’est en fait superbe qu’on soit toutes les deux footballeuses professionnelles et qu’on essaie de percer en équipe nationale. C’est cool et unique et on adore ça. Je pense aussi qu’on a gagné en maturité, on a appris à mieux se comprendre et on est largement plus patientes l’une avec l’autre. Pour moi, Kristie est ma meilleure amie et personne ne me comprend aussi bien qu’elle.

Ce n’est peut-être pas comparable à la finale de Coupe du Monde, mais contre la Colombie en janvier, vous avez marqué un triplé et Kristie a aussi fait trembler les filets. Est-ce l’une des plus belles expériences de votre carrière ?

C’était irréel ! J’étais déjà sortie quand Kristie est entrée en jeu. Quand elle a marqué, je me suis dit : “Qu’est-ce que nos parents doivent être en train de penser, là, maintenant ?” Je leur ai posé la question plus tard et ma mère a répondu qu’elle avait pleuré parce qu’elle était tellement fière et heureuse. Mais je sais que je peux parler pour nous deux quand je dis qu’on ne veut pas s’arrêter là. On se souviendra de ce match, mais on veut toutes les deux faire partie de l’équipe qui ira aux Jeux Olympiques pour aller gagner la médaille d’or. Ce serait génial si on pouvait le faire ensemble.

Que représentent les Jeux Olympiques pour vous, surtout après avoir raté la dernière édition ?

C’est une ombre au tableau de ma carrière, difficile à accepter. Je n’étais vraiment pas loin d’être convoquée pour Rio et je comprends pourquoi je ne l’ai pas été, mais ça m’a forcément motivée à aller à Tokyo. Je rêve des Jeux Olympiques depuis toujours.

Vous dites avoir été proche d’être dans le groupe en 2016, vous qui aviez déjà raté la sélection pour la Coupe du Monde 2015. Qu’est-ce qui a changé après Rio ? Qu’est-ce qui a fait que vous avez été sélectionnée à France 2019 ?

J’ai grandi, tout d’abord. Je sortais juste de la fac à l’aube de la Coupe du Monde 2015 et avec le recul, je n’étais pas aussi professionnelle que j’aurais pu l’être. Je ne faisais pas tout ce que je pouvais, tout le temps, pour devenir la joueuse que je souhaitais être. J’ai retenu la leçon. Mais je dois aussi dire que je dois beaucoup aux entraîneurs avec qui j’ai travaillé pendant toutes ces années. Je pense en particulier à mon passage au North Carolina Courage avec Paul Riley parce que j’ai énormément appris. J’ai également commencé à m’entraîner pendant la trêve avec un coach, Walter Norton. Il ne m’a jamais laissé faire juste le strict minimum. Quand j’étais sur la liste d’attente pour les Jeux Olympiques, il a simplement dit : “Cette histoire n’est pas sympa. On va t’écrire une histoire sympa.” Je me suis mise à travailler extrêmement dur et j’ai découvert que je pouvais atteindre une toute autre dimension en travaillant plus dur.

© imago images

Étant donné votre humilité, avez-vous dû faire un effort psychologique pour devenir un peu plus impitoyable ?

C’est sûr qu’en équipe nationale, il y a une transition à vivre : de joueuse contente d’être convoquée dans le groupe, tu dois commencer à exiger ta place. C’est une des étapes les plus difficiles à franchir pour une joueuse et je me rends compte que je suis toujours dans l’esprit “j’espère être appelée pour le prochain stage”. Vous trouvez cela peut-être un peu bizarre, mais en équipe nationale, tu as l’impression de toujours devoir faire tes preuves. Il y a toujours quelqu’un de meilleur que toi. Mais c’est clair que quand tu n’es qu’un pion parmi d’autres au sein de l’équipe, il faut qu’il y ait un déclic où tu te dis : “J’ai ma place, je mérite d’être ici”. Ce déclic, je le ressens depuis quelques années maintenant.

Mais même maintenant, après avoir joué un rôle si important à France 2019 et après avoir gagné le titre de Joueuse de l’année, vous vous demandez encore si vous allez être appelée au prochain stage ?

Oui. Bon, j’ai un peu plus confiance et je me dis plus souvent “J’ai ma place” récemment. Mais ça va, ça vient. Quand je suis dans cette équipe, il y a toujours une petite voix qui me dit : “Je dois continuer à travailler et à progresser parce que dès que j’arrêterai, quelqu’un va me doubler”.

Spain v United States - FIFA Women s World Cup 2019 - Round of Sixteen - Stade Auguste-Delaune II USA s Sam Mewis (left) and Spain s Virginia Torrecilla in action.© imago images

Parlons désormais de Man City. Vous vous êtes bien adaptée sur le terrain, mais votre adaptation en dehors a-t-elle été freinée par le confinement dû au COVID et les interdictions qui vous empêchent de socialiser avec vos coéquipières ?

J’ai eu de la chance car mon mari et notre chien sont arrivés cet automne, ce qui m’a énormément aidé à m’installer et à me mettre à l’aise. La présence de Rose [Lavelle] et maintenant d’Abby [Dahlkemper] m’a beaucoup aidé aussi. Ça te permet d’être à l’aise avec l’équipe, de te dire que tu peux être toi-même et de savoir qu’il y aura au moins une ou deux personnes qui savent de quoi tu parles ! (rires) Quant aux restrictions liées au COVID, s’il y a bien une chose positive, c’est que ça nous a obligé à nous concentrer davantage sur le football. Tu peux rester autant que tu veux dans les installations de Man City et il n’y a rien d’autre à faire, donc tu peux prendre ton temps et faire tout ce qu’il faut pour t’entraîner et récupérer comme tu le souhaites. C’est le point positif pour moi.

Vous avez parlé de Rose et d’Abby. Ce ne sont pas que vos coéquipières en équipe nationale. Ce sont deux de vos amies les plus proches, n’est-ce pas ?

C’est clair. Ce sont deux de mes meilleures amies au monde et je suis tellement contente qu’on soit réunies ici, qu’on vive la même expérience en même temps. Imaginez, Rose et moi avons gagné la finale de la FA Cup ensemble à Wembley. C’est inoubliable. J’espère qu’on va pouvoir se créer d’autres jolis souvenirs toutes les trois.

Rose Lavelle, Sam Mewis and Janine Beckie of Manchester City celebrate with the Vitality Women's FA Cup Trophy following their team's victory in the Vitality Women's FA Cup Final match between Everton Women and Manchester City Women at Wembley Stadium on November 01, 2020 in London, England.© Getty Images

Pensez-vous que votre expérience anglaise vous fait progresser en tant que joueuse ?

J’espère que oui. Je pensais qu’il s’agissait d’une excellente opportunité pour grandir et progresser dans mon jeu. Cette expérience – jouer en Angleterre et en Ligue des champions – est tellement épanouissante. L’une des choses que j’apprécie le plus, c’est le fait qu’il y ait tant de compétitions : tu passes d’un match de championnat à la FA Cup à la Ligue des champions. C’est génial d’avoir cette variété et autant de trophées à viser.

Pour conclure, je dois vous poser une question sur votre surnom “Tower of Power” (la tour puissante). Aimez-vous ce surnom et est-ce vrai qu’Abby Dahlkemper en est responsable ?

Abby était là quand ça a commencé, mais c’est en fait venu du speaker lors d’un match du Courage. Peut-être qu’Abby lui a donné l’idée en fait ! (rires) On recevait des bagues après avoir gagné le championnat et à l’annonce de mon nom, il a sorti, de nulle part : “La tour puissante… Sam Mewis!” On s’est regardées et on a rigolé. C’était trop drôle, un super surnom et c’est resté. J’aime bien. Je l’ai adopté maintenant.

Sam Mewis celebrates with team-mates© imago images