• L’Azteca est l’un des stades les plus mythiques au monde
  • Il a accueilli 19 matches et deux finales de Coupe du Monde de la FIFA
  • Pelé et le Pape Jean-Paul II ont été sous le charme

Le match du siècle, le but du siècle, la “Belle Équipe” canonisée, la naissance de la ola, la course folle de Burruchaga, la “Main de Dieu“… Comment un seul et même stade peut-il avoir été le théâtre de tant de moments inoubliables de l’histoire de la Coupe du Monde de la FIFA™ ? Le stade Azteca est, certes, le seul à avoir accueilli deux matches d’ouverture et deux finales de l’épreuve mondiale, ce qui lui donne un avantage en la matière. Au total, 19 rencontres ont eu lieu sur cette pelouse mythique. Mais son aura ne se résume pas à une simple histoire de chiffres.

“Ce stade a quelque chose de très spécial”, affirme Pelé. “Il faut pénétrer à l’intérieur pour le ressentir et le comprendre. Ça n’existe nulle part ailleurs.”

Un cahier des charges hors normes

Dès les années 50, le Mexique se prend à rêver de la Coupe du Monde depuis longtemps. Il envisage un temps de se porter candidat à l’organisation de l’édition 1958, avant de laisser finalement la place à la Suède. “Nous ne voulions pas nous contenter d’organiser une Coupe du Monde ; nous voulions organiser la meilleure Coupe du Monde de tous les temps”, explique Guillermo Canedo. Arrivé à la tête de la Fédération mexicaine de football en 1960, il ne perdra jamais de vue son objectif. “Pour ce faire, il nous fallait un stade comme on en n’avait jamais vu. Le Brésil avait construit le Maracanã en 1950. C’était un bâtiment gigantesque, à la fois spectaculaire et magique. Nous voulions faire encore mieux.”

Tous les architectes du pays et d’autres, venus de tout le continent américain, se lancent dans une lutte acharnée pour décrocher ce contrat à 95 millions de pesos. Le plan de Canedo est simple, mais très ambitieux : bâtir un temple mythique. C’est Ramirez Vazquez qui aura cet honneur. “Par chance, Canedo était comme un frère pour moi. De plus, j’étais membre du Comité national olympique et je m’intéressais à l’architecture. Mais ce qui me passionnait par-dessus tout, c’était le football”, raconte l’intéressé. “C’était un projet compliqué car le cahier des charges était hors normes.”

En effet, le site doit pouvoir accueillir au moins 100 000 spectateurs, créer une ambiance électrique, proposer des améliorations par rapport aux équipements de certains des stades les plus prisés de la planète et surpasser en beauté les peintures de Frida Kahlo, l’artiste la plus connue du quartier de Coyoacan, où la nouvelle enceinte doit être érigée.

Des premières historiques

Vazquez enregistre rapidement le renfort de l’architecte et peintre Rafael Mijares Alcerreca. Ensemble, les deux hommes partent à la découverte des stades européens. Ils font escale à San Siro, au Camp Nou et à Santiago Bernabeu. Le début des travaux de l’Azteca est programmé en 1961, mais Vazquez doit faire face à des complications. Afin d’offrir une surface solide au futur stade, il faut déloger 180 millions de kilos de roche sur une superficie de 64 000 mètres carrés. Dix architectes, 17 techniciens, 35 ingénieurs et 800 ouvriers se mettent alors au travail. Au bout d’un an de labeur, ils parviennent à dynamiter les derniers rochers. Les travaux proprement dit peuvent débuter. Nous sommes en 1962.

Le Club América, résident des lieux, et le Torino de Nereo Rocco inaugurent l’Azteca en grande pompe (2-2). Entretemps, le projet est passé de 95 millions à 200 millions de pesos. Les 107 000 personnes qui assistent à cette rencontre ne le savent pas encore, mais une page d’histoire s’écrira ici même, quelques années plus tard.

De son côté, Canedo fait des pieds et des mains pour que le Mexique obtienne l’organisation de la Coupe du Monde. Ses grands projets et son enthousiasme convainquent l’Australie, la Colombie et le Pérou de renoncer à l’investiture. Lors du Congrès de la FIFA à Tokyo, en 1964, le Mexique triomphe de son ultime adversaire, l’Argentine. Pour la première fois, la Coupe du Monde n’aura pas lieu en Europe ou en Amérique du Sud.

Cette première fera date, à plus d’un titre. Parmi les temps forts de cette édition 1970, citons le “Match du Siècle” (la victoire 4-3 de l’Italie sur l’Allemagne de l’Ouest en demi-finale), Jairzinho, qui devient le premier joueur à marquer à chaque tour d’une Coupe du Monde, Carlos Alberto, auteur de l’un des plus beaux buts de l’histoire du tournoi, ou encore Pelé, qui reste le premier et le seul joueur à ce jour à remporter le titre mondial à trois reprises. Suite à ce triomphe, le Brésil conservera définitivement le Trophée Jules Rimet.

Une sainte admiration

“C’était une œuvre d’art”, s’enthousiasme Angelo Domenghini, qui a disputé la demi-finale et la finale à l’Azteca. “C’était énorme, spectaculaire. Nous avions de très beaux stades en Italie, mais nous étions tous très impatients de jouer à l’Azteca. L’Italie contre l’Allemagne de l’Ouest au Mexique… Nous n’aurions jamais cru que l’atmosphère serait aussi folle. Les spectateurs étaient déchaînés avant même le coup d’envoi et l’ambiance n’est jamais retombée. Bien sûr, il y a eu beaucoup de buts, mais le public était survolté.”

“L’ambiance, le bruit en finale étaient incroyables”, se souvient Carlos Alberto. “J’avais l’impression que tout le Mexique était derrière nous. C’était fabuleux, indescriptible.”

Canedo démissionne à l’issue de la finale mais, pour beaucoup, l’ancien président a atteint son but : le Mexique a organisé la Coupe du Monde la plus passionnante de l’histoire. Pendant 22 jours, toute la planète est sous le charme du Mexique… y compris Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II. “Les gens qui me connaissent savent que je m’intéresse un peu au football”, glisse le Polonais, ancien gardien de but, devant plus de 100 000 personnes, réunies à l’Azteca pour son premier déplacement à l’étranger depuis son élection. “C’est un privilège de me trouver dans ce stade où ont eu lieu tant de beaux matches et une Coupe du Monde que nous n’oublierons jamais.”

Emporté par sa passion, le Mexique devient, en 1986, le premier pays à accueillir l’épreuve pour la seconde fois. Le monde s’extasie devant la fameuse ola, le ciseau acrobatique de Manuel Negrete déclenche ce qui reste à ce jour comme “le rugissement le plus assourdissant de l’histoire du football” et le “Colosse de Santa Ursual” plonge 115 000 personnes dans l’extase en signant le but qui permet à El Tri d’accéder à la seconde phase du tournoi pour la première fois de son histoire.

Diego Maradona entre à son tour dans la légende lors d’un fameux quart de finale contre l’Angleterre, avant de signer un nouveau doublé contre la Belgique dans le dernier carré. La course folle de Jorge Burruchaga, lancé par Maradona lui-même, vient mettre un point final à une compétition époustouflante.

Le Colisée de Coyoacan, quartier qui a vu naître l’une des plus grandes artistes de tous les temps, a servi de toile de fond un nombre impressionnant d’images marquantes de l’histoire de l’art du futebol, pour reprendre les mots de Pelé. Et l’Azteca n’a pas fini de faire parler de lui. La Coupe du Monde 2026 viendra allonger la liste des instants de légende à s’y dérouler…

Le saviez-vous ?

  • En 1993, 132 000 spectateurs sont présents pour voir Julio Cesar Chavez battre Greg Haugen à l’Azteca. Il s’agit là du deuxième match de boxe le plus suivi de tous les temps. Sans doute aurait-il ravi la première place au duel entre Tony Zale et Billy Pryor en 1941 (135 000 spectateurs), si celui-ci n’avait pas été gratuit.
  • Avant d’affronter le Brésil pour la première fois à l’Azteca, en 1968, le Mexique reste sur sept défaites et un nul face à la Seleçao. Grâce à un doublé d’Enrique Borja, El Tri s’impose 2-1 devant les futurs champions du monde Carlos Alberto, Gerson, Rivelino, Jairzinho, Tostao et consorts. Emmené par Cuauhtemoc Blanco, le Mexique surprend le Brésil de Ronaldinho lors de la Coupe des Confédérations de la FIFA en 1999.
  • En 1983, 110 000 supporters assistent à la victoire de Jorginho, Dunga et Bebeto sur l’Argentine, en finale de la Coupe du Monde U-20 de la FIFA.
  • L’Azteca est le seul stade à avoir accueilli quatre tournois FIFA : la Coupe du Monde, la Coupe du Monde U-20, la Coupe du Monde U-17 et la Coupe des Confédérations.
  • Le Danemark y remporte le Championnat du Monde Féminin de Football, ancêtre de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA™, en 1971. Le tournoi restera marqué par les performances offensives de Susy Augustesen et Elisabetta Vignotto.
  • Des plaques de bronze commémoratives ont été installées à l’Azteca en l’honneur du Match du Siècle et du But du Siècle.
  • Six des dix plus fortes affluences en Coupe du Monde ont été enregistrées à l’Azteca.