• Deux victoires en deux matches pour la Suède dans les qualifications pour Qatar 2022
  • FIFA.com a rencontré son capitaine Sebastian Larsson, buteur contre le Kosovo dimanche
  • “Peu de gens s’attendaient à ce que nous accédions aux quarts de finale d’une Coupe du Monde”

Depuis quelques semaines, les gros titres de la presse suédoise étaient dédiés au retour de Zlatan Ibrahimovic en sélection à l’occasion des qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA, Qatar 2022™, cinq ans après avoir annoncé sa retraite au lendemain de l’UEFA EURO 2016.

Sebastian Larsson était lui aussi de l’aventure en France, terminée au premier tour à la dernière place du Groupe E. Alors présent en sélection depuis huit ans, et déjà âgé de de 31 ans, le milieu de terrain aurait pu lui aussi tourner la page. Mais à son arrivée sur le banc, Janne Andersson en a fait l’un des piliers sur lesquels il s’est appuyé pour donner un nouvel élan aux Blågult. Pari gagnant, puisque deux ans plus tard, la Suède atteignait les quarts de finale de Russie 2018, son meilleur résultat depuis États-Unis 1994.

Avec son caractère de leader, son calme, et sa qualité balle au pied, notamment sur coup de pied arrêté, Larsson est, à 35 ans, toujours indispensable, et porte le brassard de capitaine dans les qualifications pour Qatar 2022, que les Suédois ont entamées avec deux victoires en deux rencontres dans le Groupe B.

Au micro de FIFA.com, Larsson évoque notamment les ambitions de la Suède sur la scène mondiale, ainsi que la découverte de son championnat national avec l’AIK sur le tard, après avoir passé 17 ans en Angleterre, d’Arsenal à Hull City, en passant par Birmingham et Sunderland. Il confie ses souvenirs d’entraînement avec Thierry Henry, et sa fierté d’avoir porté le maillot jaune à plus de 120 reprises.

Sebastian, vous avez rejoint l’AIK en 2018 à 33 ans après avoir toujours joué en Angleterre. Vouliez-vous connaître une expérience dans le championnat de votre pays natal avant la fin de votre carrière ?

C’est une chose à laquelle je pensais de plus en plus en vieillissant. Je suis parti en Angleterre quand j’avais 16 ans, j’y suis resté pendant 17 ans. J’ai commencé à être de plus en plus curieux de savoir ce que je ressentirais en jouant au plus haut niveau en Suède. Ce sentiment est devenu de plus en plus fort au fur et à mesure de ma carrière, et quand l’occasion s’est présentée, j’ai senti que c’était le moment. Aujourd’hui, j’apprécie vraiment depuis que je suis rentré à la maison.

Pour votre première saison, vous avez aidé l’AIK à remporter le titre de champion. Était-ce important de revenir en ayant encore quelque chose à apporter à l’AIK, et pas simplement pour profiter de votre fin de carrière ?

Bien sûr. Quand j’ai commencé à penser pour la première fois à un retour, je ne voulais vraiment pas que cela arrive trop tard. Je ne voulais pas venir pour que ce soit juste pour être tranquille, et sentir que c’était la fin de ma carrière. Je ne voulais pas ne pas être assez bon pour aider l’équipe. Je voulais être sûr que je pouvais contribuer au succès, aider, avec de l’ambition et en ayant encore faim de vouloir gagner.


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Vous avez intégré l’équipe première d’Arsenal en 2004. Que ressent-on quand on s’assoit à 19 ans dans un vestiaire à côté de Thierry Henry, Patrick Vieira, Dennis Bergkamp, Gilberto Silva ou Freddy Ljungberg ?

Cette période à Arsenal était exceptionnelle, ces joueurs étaient tous sans exception des joueurs de top top top qualité Il y en avait partout, dans toute l’équipe ! Pour moi, en tant que jeune joueur qui essayait de lancer sa carrière, avoir l’opportunité de s’entraîner avec cette équipe, c’était incroyable. Bien sûr, je ne vais pas mentir, j’étais très nerveux au début. Je ne voulais pas manquer une passe pour Henry, je voulais lui donner le ballon parfaitement ! Les choses que j’ai apprises de ce groupe étaient incroyables. Leur mentalité, leur qualité sur le terrain, la manière dont ils travaillaient dur à l’entraînement… ils étaient complètement concentrés. Aujourd’hui, à 35 ans, quand je regarde en arrière et que je me revois comme jeune joueur dans cette situation, je me dis que c’était absolument parfait. Évidemment, c’était extrêmement difficile de gagner du temps de jeu dans cette équipe et d’obtenir des matches. Mais si on parle d’éducation de football, je ne pense pas que j’aurais pu en avoir une meilleure, parce qu’à l’époque, Arsenal était l’une des meilleures équipes en Europe.

Près de 20 ans plus tard, vous êtes le joueur avec de l’expérience et une carrière exceptionnelle. Quelles différences voyez-vous entre le jeune joueur que vous étiez, et ceux qui intègrent votre vestiaire aujourd’hui ?

Beaucoup de choses ont changé. Le football, comme la société, a changé. C’est normal, il est impossible d’attendre que les choses restent les mêmes pendant tout ce temps, alors que la société évolue. Les jeunes aujourd’hui sont extrêmement sérieux dans ce qu’ils font, surtout dans tout ce qui se fait en dehors du terrain. Vous pensez à ce que vous mangez depuis le plus jeune âge, à vous entretenir, à combien d’heures vous dormez… De ce point de vue, c’est un grand progrès. À part cela, quand j’ai réussi pour la première fois à intégrer une équipe première, c’était un peu différent. Il fallait “mériter” ce droit. Je savais que j’étais jeune, qu’il fallait aider l’équipe, être en quelque sorte au service des plus anciens. C’est comme ça qu’on grandissait, qu’on devenait un joueur de l’équipe à part entière. On peut trouver des aspects positifs et négatifs quand on compare deux époques, mais au final, le football suit la société.

Willo Flood of Manchester City evades Sebastian Larsson of Arsenal

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Quel conseil donneriez-vous aujourd’hui au jeune Sebastian Larsson qui, en 2008, s’apprêtait à disputer son premier avec la Suède ?

Je lui dirais dit d’essayer de profiter de chaque moment. J’ai eu beaucoup de chance de faire partie de l’équipe nationale depuis si longtemps, et quand je regarde en arrière, cette première sélection est un moment spécial. Mais j’ai aimé chaque minute où j’ai été impliqué dans l’équipe nationale. C’est un tel honneur ! Alors à ce jeune homme, je lui dirais d’apprécier, surtout au début, mais aussi d’essayer d’apprendre des joueurs qui ont de l’expérience, dans les matches, les entraînements, de prendre de petites choses. Quand vous êtes jeune, les joueurs internationaux qui sont là depuis longtemps peuvent vraiment vous aider. Et c’est ce que j’ai toujours essayé de faire.

Treize ans plus tard, vous portez le brassard et vous avez honoré plus de 120 capes. Avez-vous conscience de faire partie de l’histoire de la sélection ?

C’est un grand honneur, quelque chose dont je suis très fier. Je me souviens lorsque j’ai fêté ma centième sélection, c’était un moment spécial, parce qu’il n’y a que peu de joueurs qui ont atteint ce cap. Mais j’ai toujours été le genre de joueur qui essaie de ne pas regarder en arrière tant que je suis encore en activité, tant que je peux encore regarder vers le futur. Mais quand la fin viendra, ce sera sûrement quelque chose que je pourrai considérer avec une grande fierté.

Lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2018, la Suède a été éliminée par l’Angleterre en quart de finale. Quel sentiment retenez-vous : la fierté d’être parmi les huit meilleures équipes du monde ? Ou la déception de ne pas être allé plus loin ?

Un peu des deux. C’était déjà un grand accomplissement. Je pense que peu de gens s’attendaient à ce que nous accédions aux quarts de finale d’une Coupe du Monde. C’était une fantastique expérience. Mais quand on arrive à ce stade, on veut encore avancer. Donc c’était une grande déception d’être éliminés. Et le plus décevant, c’est que nous avions les qualités suffisantes, mais nous n’avons pas su afficher le niveau que requiert un quart de finale. L’Angleterre méritait de remporter ce match, mais quand vous n’êtes qu’à un seul match d’avoir une chance de jouer pour une médaille, c’est douloureux d’échouer si près du but. Mais dans l’ensemble, nous sommes fiers de ce que nous avons accompli.

Trois ans après, la Suède est qualifiée pour le prochain UEFA EURO, mais a fini dernière de son groupe en Ligue des Nations de l’UEFA. Votre équipe a-t-elle progressé ou régressé ?

Je dirais que nous sommes devenus une meilleure équipe aujourd’hui. De jeunes joueurs avec de grandes qualités nous ont rejoints et donnent un nouvel élan à l’équipe. La concurrence pour jouer aujourd’hui est la plus forte qu’on ait eue depuis très longtemps. Ces joueurs jouent un peu partout dans les grands championnats d’Europe, et y jouent bien. Ça ne peut que nous faire progresser. Certes, nous avons fini derniers dans notre groupe de Ligue des Nations, mais nous avons joué contre les meilleures nations : la France, le Portugal, la Croatie. Jouer contre des équipes de ce niveau, ce n’est pas quelque chose à quoi on est habitués, mais ce sont des matches dans lesquels on apprend.

Nous devons essayer différentes choses pour trouver des solutions, nous devons apprendre ce qu’il faut faire pour combler l’écart et rivaliser, mais aussi apprendre ce qu’il ne faut pas faire. On a vite réalisé que, même si on domine le match, si on ouvre un peu trop le jeu, ces équipes vous punissent immédiatement. Les équipes comme la Suède doivent apprendre cela quand elles jouent contre les meilleurs du monde : vous payez chaque erreur que vous faites.

Ces leçons peuvent-elles vous servir dans la perspective de Qatar 2022, pour faire au moins aussi bien qu’en 2018 ?

C’est une base indispensable. Il faut toujours avoir cette mentalité de se servir de ce que vous avez fait, et vouloir faire mieux que la fois d’avant si vous voulez progresser. Sinon, vous n’accomplirez jamais rien. Au mieux, vous atteindrez le même niveau. Nous savons à quel point c’est difficile, combien de bonnes équipes sont en compétition, et il faut performer régulièrement à notre meilleur niveau. La bonne chose, c’est que nous avons montré au cours des deux dernières années que, de temps en temps, nous avons le niveau pour rivaliser avec les meilleures équipes. Nous pouvons leur rendre la tâche difficile. C’est la première leçon que nous devons emporter avec nous, pour que notre groupe continue de progresser.

Sebastian Larsson of Sweden celebrates 

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À titre personnel, à 35 ans, participer à Qatar 2022 serait-il la manière idéale de mettre fin à votre long parcours avec la sélection ?

D’abord il y aura le championnat d’Europe, qui est un tournoi majeur et le premier objectif pour l’instant. Mais pour être honnête, je n’ai jamais essayé de voir trop loin. Et encore moins à mon âge. Ce pourrait être un objectif trop lointain, mais je n’ai encore rien décidé, et je n’ai pas encore envie d’y penser.

Vous êtes à un âge où vous ne voulez pas voir trop loin, mais où vous pouvez regarder en arrière : y a-t-il quelque chose que vous feriez différemment si vous pouviez revivre votre carrière ?

Remonter le temps peut être magnifique, mais aussi dangereux. Je suis sûr qu’on peut toujours trouver quelque chose qu’on pourrait faire différemment. J’ai décidé de quitter la Suède à un jeune âge, mais je suis fier de la carrière que j’ai eue jusqu’à présent. J’ai joué dans un championnat dont je rêvais depuis que j’étais enfant, la Premier League, j’y ai joué longtemps, j’ai toujours su rester en forme, c’est pourquoi je n’ai eu aucune blessure majeure. J’ai été capable de mener une belle carrière, notamment avec l’équipe nationale, avec laquelle j’ai joué de nombreux matches. Et la dernière Coupe du Monde a été un succès et un moment important à titre personnel. Donc je choisis d’être fier de tout ce que j’ai fait, plutôt que de regarder ce que j’aurais pu faire autrement.