• Aron Gunnarsson est capitaine de l’Islande depuis huit ans
  • Il évolue aujourd’hui dans le club qatari d’Al Arabi
  • Le milieu évoque ses espoirs mondialistes avec FIFA.com

Barbu, tatoué et passionné, Aron Gunnarsson personnifie l’équipe nationale d’Islande. Nommé capitaine à 23 ans, il s’est fait tatouer le blason de son pays dans le dos pour afficher sa fierté de porter le brassard. Quand les Strákarnir okkar ont battu l’Angleterre pour accéder aux quarts de finale de l’UEFA EURO 2016, c’est lui qui a lancé le premier “clapping” entre joueurs et supporters, devenu culte aujourd’hui.

Lorsque Lars Lagerback et Heimir Hallgrimsson ont posé les bases d’un effectif capable d’écrire une nouvelle page de l’histoire du football, ils ont tout de suite su que le bouillant milieu serait la pierre angulaire de leur équipe.

“Il est l’exemple vivant de ce que nous voulons représenter, a expliqué Hallgrimsson en 2018. “Il incarne notre identité. Hors du terrain, il est un modèle de comportement et de soutien pour ses coéquipiers. Sur la pelouse, il joue un rôle crucial dans l’organisation de l’équipe. Il connaît la position de chaque joueur et il est exigeant. Et pour couronner le tout, c’est un excellent footballeur.”

Il n’est donc pas surprenant qu’après avoir quitté l’Islande pour prendre les rênes de l’équipe qatarie d’Al Arabi, Hallgrimsson ait fait appel à son ancien capitaine. Mûr pour un changement, Gunnarsson s’est empressé d’accepter son offre. C’est de son nouveau domicile au Qatar que le joueur de 31 ans s’est entretenu avec FIFA.com de l’échec douloureux de l’Islande aux qualifications pour l’EURO, de ses espoirs de Coupe du Monde et de la vie dans le pays qui accueillera la phase finale en 2022.

Aron, l’hiver britannique ou islandais vous manque-t-il ?

Un petit peu, en fait ! [rires] Le froid ne fait pas peur aux Islandais. Mais ici, le temps est très agréable en ce moment. Il fait environ 20°, c’est parfait, surtout comparé à mon arrivée en août, l’époque la plus chaude de l’année. J’ai été estomaqué. La chaleur était insupportable par instants. On s’entraînait le soir, mais même là, l’humidité était étouffante.

Vous avez bâti votre carrière sur votre réputation de mobylette de l’entrejeu. Avez-vous dû vous freiner, notamment au début ?

Oui, je n’ai pas eu le choix. Nos traceurs GPS montrent un net ralentissement des courses en deuxième période. Les premiers temps, j’avais aussi beaucoup plus de crampes qu’à l’accoutumée en fin de match. J’ai dû m’adapter. Mais le climat est idéal pour le football à présent et je peux jouer à mon rythme habituel.

Parlez-nous du but que vous avez marqué depuis votre propre moitié de terrain, ce qui n’est pas dans vos habitudes.

[Rires] C’est vrai. J’avais vu le gardien s’éloigner de sa ligne plusieurs fois, alors je me suis dit que je tenterai ma chance dès que j’en aurai l’occasion. Heureusement, j’ai frappé droit au but. Généralement, j’ai tendance à zigzaguer, comme au golf ! [rires]

Vous êtes allé au Qatar en 2018 dans le cadre de votre rééducation après une grave blessure au genou. Est-ce ce qui a fait germer l’idée de rejoindre un club local un jour ?

Absolument. À ce moment-là, je n’étais pas certain de pouvoir disputer la Coupe du Monde. J’ai été suivi dans une clinique aux installations magnifiques. Grâce à d’excellents médecins et physiothérapeutes, je me suis remis à temps pour aller en Russie. À l’époque, j’avais dit à ma femme que j’aimerais bien vivre dans ce pays. L’année suivante, Heimir a pris les commandes d’Al Arabi et il m’a appelé peu après. J’étais dans la dernière année de mon contrat avec Cardiff. Au bout de onze ans passés au Royaume-Uni, j’avais envie de changement, alors Heimir n’a pas eu trop de mal à me convaincre.

Vous avez été impressionné et agréablement surpris par la qualité du football qatari, paraît-il.

En effet. Avant de venir ici, j’avais remarqué que le championnat était très prolifique. J’en avais conclu que l’aspect défense et tactique ne serait pas à la hauteur de ce que j’avais connu en Europe. Mais je pense que les Qataris en ont pris conscience, car le niveau de compétitivité et de jeu s’est nettement rehaussé au cours des deux dernières années, notamment sur le plan tactique. C’est très important pour le championnat et pour les joueurs locaux qui prendront part à la Coupe du Monde.

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Qu’est-ce que l’édition qatarie de la Coupe du Monde nous réserve ?

Elle sera extraordinaire. Le Qatar a pensé à tout. Les stades sont tous climatisés, bien qu’on ait eu raison, à mon avis, de déplacer le tournoi en décembre. Le climat ne se prête pas à une compétition en été. Ainsi, les fans pourront profiter du soleil et voir les matches dans des conditions idéales. En ce moment, tout est axé sur la Coupe du Monde, parce que les Qataris veulent en faire un événement exceptionnel qui offre une belle image de leur pays.

L’Islande a traversé une mauvaise passe récemment. Quels problèmes Erik Hamren a-t-il rencontrés selon vous ?

Erik a joué de malchance avec les blessures. Nous avons été privés de nombreux éléments clés pendant son mandat. Pour autant, nous n’avons été éliminés qu’à la toute dernière minute des barrages de l’UEFA EURO. Cet échec a été très douloureux. Mais maintenant, nous avons de nouveaux entraîneurs (Arnar Vidarsson a été nommé, avec Eidur Gudjohnsen comme adjoint) et notre groupe de qualification pour la Coupe du Monde offre de réelles possibilités. Il comprend l’Allemagne, qui sera favorite, bien sûr, ainsi que la Roumanie, la Macédoine du Nord, l’Arménie et le Liechtenstein. J’ai bon espoir et mes coéquipiers brûlent d’envie de retrouver la Coupe du Monde. De plus, l’équipe compte beaucoup de trentenaires, et nous savons qu’il s’agit sans doute de notre dernière chance.

Quel regard portez-vous sur Russie 2018 aujourd’hui ?

J’y ai pris un vrai plaisir. Ce que je n’ai pas aimé, c’est la préparation. J’ai craint presque jusqu’au coup d’envoi de ne pas pouvoir disputer le tournoi, parce que j’avais un problème non seulement de genou, mais aussi de lésion des ligaments de la cheville. Entrer sur la pelouse lors d’une Coupe du Monde est un grand moment. En revanche, je peux vous dire que courir après Messi pendant 90 minutes ne m’a pas facilité la reprise ! Mais j’étais fou de joie d’être là et d’affronter l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football.

Votre équipe est-elle toujours animée du même esprit de gagne et collectif qui a sous-tendu les succès récents de l’Islande ?

On me demande souvent si nous avons toujours autant soif de victoire. Ma réponse est un oui franc et massif. Nous avons marqué l’histoire en nous qualifiant pour l’EURO et la Coupe du Monde. Une fois qu’on a goûté à ces sensations, on veut les revivre encore et encore. Il n’y a pas de plus grande fierté que de représenter son pays dans une compétition de haut niveau. Si une telle expérience ne vous donne pas envie de recommencer, vous n’avez rien à faire dans le football.

Qu’est-ce qui a inspiré votre célèbre tatouage dorsal ?

Jouer pour l’Islande revêt une grande importance pour moi. Je pense que représenter un petit pays suscite un sentiment particulier. On a l’impression d’être un poids plume et de devoir toujours se battre plus dur que les autres. Après l’EURO, j’ai voulu faire quelque chose de spécial pour marquer l’occasion. C’est un Islandais qui a réalisé ce tatouage. Il est venu à quatre reprises à Cardiff et a travaillé deux jours sur mon dos à chaque fois. Un jour, il y a passé sept heures de suite. Avant de commencer, il m’a demandé si j’étais sûr de moi, parce que les couleurs du drapeau se trouveraient sur ma colonne vertébrale et que j’allais beaucoup souffrir. Et croyez-moi, il ne mentait pas ! [rires] Mais j’y tenais et je n’ai aucun regret.

Vous avez été nommé capitaine de l’Islande à 23 ans. Que ressent-on quand on se voit confier une telle responsabilité à un si jeune âge ?

Lars [Lagerback] construisait une nouvelle équipe à l’époque et il voulait sans doute placer un jeune joueur à sa tête. C’était une charge importante pour quelqu’un de mon âge, mais il a dû déceler des qualités de leader en moi. J’ai fait quelques erreurs au début, j’ai dit des inepties dans des interviews, mais je crois m’être amélioré au fil du temps. Ce dont je suis sûr, c’est qu’à ma retraite, je serai extrêmement fier d’avoir été le capitaine d’une équipe d’Islande entrée dans l’histoire.

Aron Gunnarsson of Iceland applauds fans after the 2018 FIFA World Cup Russia group D match between Iceland and Croatia at Rostov Arena on June 26, 2018 in Rostov-on-Don, Russia. © Getty Images