“J’aimerais retrouver Sinclair sur le terrain.” Le vœu de Carla Guerrero a été exaucé. En effet, le tirage au sort du Tournoi Olympique de Football féminin a versé le Chili et le Canada dans le même groupe, ce qui offrira l’occasion à la défenseuse de… demander pardon à l’emblématique capitaine canadienne : “Je l’ai mordue lors d’un match amical il y a quelques années. J’ai encore honte en le racontant ! J’espère qu’on se croisera à Tokyo, qu’elle acceptera mes excuses et qu’on échangera nos maillots”.

Alors que Guerrero relate les événements survenus en 2013 lors d’un tournoi à quatre à Brasilia, sa voix laisse transparaître des remords sincères. “J’étais plus jeune, je montais vite dans les tours, je ne sais pas ce qui m’a pris”, explique la Chilienne, aujourd’hui âgée de 33 ans, pour FIFA.com. “Je me suis dit : ‘Mais qu’est-ce que tu as fait ?’. Je me suis sentie très mal et j’ai voulu m’excuser, mais je n’ai pas pu me faire comprendre”, raconte-t-elle, encore très marquée.

À cette époque, Guerrero n’était pas encore La Jefa de l’équipe du Chili. Ce surnom, elle en a hérité avant la Copa América 2018, une compétition qui a marqué un avant et un après dans l’histoire du football féminin du pays andin.

Sur ses terres, emmenée par Guerrero et d’autres cadres, la Roja avait pris une deuxième place synonyme de première qualification pour une Coupe du Monde Féminine de la FIFA™, en l’occurrence France 2019. Du même coup, les locales s’étaient adjugé un ticket pour le barrage intercontinental ouvrant accès à Tokyo 2020. Un barrage qu’elles ont récemment remporté face au Cameroun, signant un autre exploit historique.

Chile line up prior to the Women Olympic Football Tournament Tokyo 2020 play-off against Cameroon. Ali Yedek / @LaRoja

La fiche de La Jefa

  • Débuts internationaux : 10/11/2006 (Chili 1-2 Équateur, Copa América)
  • Nombres de sélections chez les A : 70 (6 buts)
  • Deuxième joueuse la plus capée chez les A chiliennes avec Francisca Lara (Christiane Endler, 79)
  • Matches en compétitions officielles : 31 (2 buts)
  • Footballeuse chilienne ayant disputé le plus de matches en compétitions officielles

Guerrero tenait également à affronter le Canada pour des raisons sportives. “Cette fois-là, elles nous avaient battues 1-0. Plusieurs années ont passé, mais on a connu des progressions similaires. On peut les jouer les yeux dans les yeux, tout en reconnaissant que c’est une grande nation du football féminin”, explique la défenseuse au sujet des Canucks, qu’elles affronteront lors de leur deuxième match au Japon.

La Chili débute son parcours olympique le 21 juillet face à la Grande-Bretagne. “Elles peuvent faire leur choix parmi les meilleures joueuses anglaises et écossais, donc ça en dit long sur leur potentiel. Mais je ne sais pas si elles nous connaissent trop donc ça peut jouer en notre faveur. On se sent capables de bien défendre face à elles”, analyse-t-elle.

Le dernier match opposera la Roja au Japon, une équipe qui semble inspirer Guerrero, même si elle jouera à domicile. “À la Coupe du Monde, elles ont fait match nul 0-0 avec l’Argentine, que l’on a battue récemment. Donc ce n’est pas illogique de penser qu’on peut faire un bon résultat contre elles.”

La tête aux Jeux

À écouter Guerrero, on sent que le Chili s’est fixé un objectif ambitieux. “On y va pour défendre nos chances, par pour participer. Peut-être que ce sera notre heure !”

Lors de la double confrontation face au Cameroun, le Chili a fait preuve de maturité, même si Guerrero reconnaît avoir ressenti un peu de nervosité avant le match aller. “Il y eu tellement de reports. Mais une fois que ce que nous avons travaillé a commencé à fonctionner sur le terrain, on a gagné en sérénité.”

Guerrero a même inscrit un but à l’aller. “En général, c’est moi qui fais les déviations de la tête au premier poteau, mais cette fois, j’étais à la conclusion. C’est sympa d’apparaître dans les stats de la sélection, tant que ça aide l’équipe.”

La défenseuse savourait encore cette qualification quand la cérémonie du tirage l’a ramenée à la réalité sportive. “Tout d’un coup, j’ai été prise d’anxiété. J’ai commencé à compter combien de temps il restait… J’ai prévenu ma mère que je ne serais pas là pour son anniversaire, qui tombe le 22 juillet. Et j’ai aussi regardé la date de la cérémonie d’ouverture car j’adorerais y aller.”

Une fière et un frère

Au-delà de ce qui se passera à Tokyo, La Jefa est consciente que ce groupe de joueuses continue d’écrire l’histoire du football féminin chilien. Elle s’appuie d’ailleurs sur un exemple concret : “Je suis fière quand je vois des gamines porter des maillots de la sélection floqués à mon nom. C’est énorme de voir qu’elles prennent un référent féminin et non masculin”, se réjouit la numéro 3 chilienne, qui a grandi dans l’admiration de son frère. Un frère qui lui a transmis sa passion pour le ballon rond.

La détentrice du record de titres dans le championnat du Chili a également savouré la reconnaissance de ses homologues masculins. “Ce soutien est très important pour nous car il apporte davantage de visibilité, à nous et à notre discipline, en suscitant une grande prise de conscience sociale”, souligne celle qui fait partie du onze idéal de la dernière Copa Libertadores, dont elle a pris la quatrième place avec Universidad de Chile.

En tout cas, les footballeuses chiliennes ont écrit l’histoire de leur pays à double titre puisque c’est la première fois que le Chili sera représenté par une équipe féminine lors des JO, tous sports collectifs confondus. “C’est une plus-value énorme. C’est une façon de dire aux autres femmes que si elle se battent et travaillent comme nous, elles peuvent y arriver aussi.”

Carla Guerrero of Chile evades Carli Lloyd of the United States during the 2019 FIFA Women's World Cup