• Shaun Goater, ancien joueur des Bermudes, parle du tirage préliminaire de la CONCACAF
  • Il évoque les qualifications à la Coupe du Monde quand il était joueur
  • “On dispose de joueurs intelligents qui espèrent progresser”, estime-t-il

Shaun Goater se souvient encore de l’époque où il allait à des matches de football à l’arrière de la mobylette de sa mère, sous la pluie des Bermudes. Un jour, après un dérapage incontrôlé, ils ont tous les deux été éjectés. Après avoir vérifié qu’il allait bien, elle lui a lancé : “Allez, remonte vite !”

Sa maman évoluait au poste de milieu de terrain pour l’équipe du Cosmos, nommée d’après le célèbre club newyorkais. Son amour pour le football, Goater l’a hérité de sa mère et l’a déployé au cours d’une longue carrière. Le buteur a aidé les Bermudes à passer un cap sur la scène internationale en inscrivant 32 buts en 36 matches.

Pourtant, quel que soit le nombre de buts qu’il marquait dans un match, même à l’école, sa maman lui disait : “Marques-en un autre. Marques-en un autre.” S’il marquait cinq buts, elle disait : “Tu n’en as pas marqué six.” C’est cette mentalité qui l’a poursuivi tout au long de sa carrière, ponctuée notamment de passages à Rotherham et à Manchester City.

Son professionnalisme, ses connaissances du jeu et ses performances en équipe nationale ont laissé une trace indélébile sur la nation insulaire. Le 21 juin 2000 fut même déclaré officiellement “Journée de Shaun Goater” aux Bermudes. Pendant la pandémie de COVID-19, il a passé une grande partie de son temps sur Zoom pour discuter avec des jeunes qui souhaitent devenir footballeurs professionnels.

Il est donc logique de voir Goater participer au tirage au sort préliminaire de la CONCACAF pour la Coupe du Monde de la FIFA, Qatar 2022™ en tant que FIFA Legend. À l’approche du tirage au sort, FIFA.com a discuté avec Goater de ces qualifications et de ses souvenirs.

Shaun, vous allez participer au tirage préliminaire de la CONCACAF pour les qualifications de la Coupe du Monde. Avez-vous hâte de lance le parcours vers Qatar 2022 ?

J’ai vraiment, vraiment hâte. Même s’il n’y aura pas de public sur place, il sera chez lui devant sa télé et les différentes plateformes. Je suis vraiment impatient.

Qu’est-ce que cela faisait de disputer les qualifications à la Coupe du Monde avec les Bermudes ?

À l’époque, l’équipe nationale ne disposait pas des connaissances qu’elle a aujourd’hui en matière d’alimentation et de nutrition. Au niveau professionnel, avec mon club, on mangeait déjà correctement. Quand je rentrais aux Bermudes pour jouer, on nous préparait des cheeseburgers ! J’ai grandi avec la plupart des joueurs de l’équipe puisque je jouais avec ou contre eux. On se connaissait très bien car les Bermudes, c’est un tout petit pays. Je n’allais pas les remettre en question parce qu’ils m’auraient dit : ‘Tu as pris la grosse tête’. Donc je commandais un sandwich au poulet parce que je pensais que ça serait mieux qu’un cheeseburger. Les autres, eux, mangeaient leur cheeseburger avec des frites ! (rires) On a gagné des matches, donc l’entraîneur pouvait dire qu’on devait manger encore plus de cheeseburgers avant les matches ! (rires) On était trois professionnels à l’époque, donc la majorité l’emportait. On n’était pas du genre à pouvoir influencer un groupe de 18. Le principal, c’était qu’ils soient satisfaits de leurs prestations sur le terrain.

Quels sont vos meilleurs souvenirs des qualifications pour la Coupe du Monde ?

Je me souviens avoir affronté le Salvador. Il faisait vraiment chaud et humide. Mes coéquipiers comptaient vraiment sur moi. Je jouais sous 35 °C comme si j’étais en Angleterre alors qu’on ne peut pas continuer éternellement sur le même tempo. J’étais complètement grillé à la mi-temps. Le préparateur physique Nick Jones avait lavé des vêtements à froid pour nous rafraîchir. On a fini par perdre le match. En deuxième période, il y a eu un peu d’ombre sur le terrain et j’ai bien joué. Mais à la mi-temps, je ne pensais jamais pouvoir y remettre les pieds. J’aurais vraiment pu m’endormir sur place à la pause.

Je me souviens aussi avoir joué en Haïti et voir les gens grimper dans les arbres pour regarder le match. Il y avait 20 000 spectateurs et on avait gagné 1-0 dans une rencontre vraiment difficile et humide, là aussi. On a joué au Canada aussi, il faisait vraiment froid pour nous les Bermudiens. On a perdu 4-2 après avoir été menés 2-0. Pour une île de 60 000 habitants, on ne se défendait pas mal du tout.

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Comment décririez-vous le football de la CONCACAF ? Qu’est-ce qui le distingue ?

La plupart des gens pensent aux équipes comme le Mexique, les États-Unis, le Canada, Trinité-et-Tobago, la Jamaïque et le Panama. Mais il y a un autre groupe d’équipes qui essaient d’atteindre le même niveau. L’objectif des Bermudes serait d’être leader de ce groupe. On a toujours l’espoir de pouvoir créer la surprise et entrer dans l’histoire. Si on ne le fait pas à cette Coupe du Monde, les Bermudes pourraient se qualifier pour la suivante d’une manière ou d’une autre.

Que savez-vous de l’équipe actuelle et que peut-elle réaliser ?

Elle est encore plus forte aujourd’hui parce qu’elle a davantage de joueurs professionnels qui évoluent en Angleterre, que ce soit en League Two (4ème échelon anglais) ou en semi-pros. Nahki Wells, à Bristol City, est le porte-drapeau. Kyle Lightbourne, l’actuel sélectionneur, est devenu professionnel avec moi et David Bascome qui a joué au soccer indoor au niveau professionnel aux États-Unis. Il n’y a plus eu de joueurs professionnels pendant environ dix ans après ça. On est mieux aujourd’hui et on commence à produire de plus en plus de professionnels. Les Bermudes ont joué le Mexique il y a peu et n’ont perdu qu’avec un but d’écart, marqué dans des dernières minutes. On dispose de joueurs intelligents qui espèrent progresser et devenir professionnels en Angleterre ou aux États-Unis.

Que pensez-vous du format des qualifications de la Coupe du Monde pour la CONCACAF qui vient d’être annoncé ?

Je n’ai que de belles choses à dire dessus. Les entraîneurs et les joueurs vont pouvoir se préparer à jouer un nombre régulier de matches. Lors des années précédentes, l’équipe nationale avait peut-être un seul match à jouer pendant toute l’année. Des pays comme les Bermudes, la Barbade ou les Îles Caïmans peuvent progresser s’ils ont la possibilité d’affronter des adversaires plus forts et s’ils investissent dans des entraîneurs pour s’améliorer.

Vous êtes actuellement entraîneur des jeunes à Macclesfield Town. Qu’est-ce qui vous plaît dans le métier d’entraîneur et d’éducateur ?

Ce qui me plaît le plus, c’est d’être face à un autre entraîneur et de voir le match se transformer en guerre tactique. Je veux exposer ses faiblesses et s’il a des joueurs qui sont meilleurs que les miens, je veux trouver le moyen de limiter leurs capacités en plus de prendre le dessus sur lui. Comment est-ce que je peux gagner un match face aux États-Unis ou au Mexique ? Les gens pensent que c’est quasiment impossible, mais c’est ce que j’aime. J’aime demander un style offensif avec des arrières latéraux qui montent. Ou passer au marquage individuel si on n’est pas suffisamment bons, tout en ayant une stratégie pour obtenir un résultat. J’aime avoir plusieurs solutions à ma disposition pour obtenir un bon résultat.

Pour quelle raison le football est plus qu’un simple jeu ?

Dans la situation mondiale dans laquelle on se trouve actuellement, on voit bien qu’il est important que les matches de football reprennent parce que ça donne du bonheur, de la joie, un semblant de normalité et une échappatoire. C’est exactement ça, même quand tout était normal. Quand on se trouve dans une passe difficile, on joue au foot pour oublier tout le reste.