• Vainqueur de deux Coupes du Monde, le Brésilien Didi nous a quitté il y a 20 ans (le 12 mai 2001)
  • Meilleur joueur de Suède 1958, devant Garrincha et Pelé
  • Son surnum : Príncipe Etíope (le “Prince Éthiopien”) en raison de son élégance sur le terrain

Dans le vestiaire, Didi s’adresse à son ami et coéquipier de Botafogo à voix basse : “Il faut qu’on fasse quelque chose”. Nilton Santos hoche la tête. Il aura fallu attendre six éditions avant d’assister au premier nul vierge en Coupe du Monde de la FIFA™. Tenus en échec par les Anglais, les Brésiliens sont aux abois.

Didi et Nilton Santos ont déjà goûté à l’amertume d’une élimination précoce, face à la Hongrie, quatre ans auparavant en Suisse. Lors de l’ultime journée de la phase de groupes, ils affrontent une autre superpuissance européenne, l’Union soviétique, qui remportera l’UEFA EURO peu de temps après. Didi aborde le cap de la trentaine ; Nilton Santos est de trois ans son aîné. Les deux hommes savent que le temps joue désormais contre eux.

Brazil's Didi

Ce soir-là, accompagnés de Bellini, ils tentent un coup de force inimaginable pour l’époque : ils se présentent à la porte de Vicente Feola pour le supplier de titulariser Zito. Selon eux, sa présence permettra à Didi de bénéficier d’une plus grande liberté au milieu de terrain pour soutenir Garrincha et Pelé.

Le sélectionneur brésilien se laisse finalement convaincre par leurs arguments. Devenue intouchable, la Seleçao inflige une thérapie de choc à l’URSS, qui ne doit qu’au talent de Lev Yachine d’éviter une correction (2-0).

Le Brésil remporte le tournoi dans la foulée. Le monde entier se souvient encore des exploits de Garrincha et de Pelé, ainsi que des 13 buts de Just Fontaine. Pourtant, aucun de ces trois-là n’est élu meilleur joueur de Suède 1958. Cet honneur revient à Didi.

Quatre ans plus tard, sans Pelé, qui manque les premiers matches sur blessure, Didi éclabousse la compétition de son talent et offre un second sacre consécutif au Brésil.

Le saviez-vous ?

  • À 14 ans, Didi se blesse lors d’une partie entre amis. La blessure s’infecte rapidement et le futur champion du monde échappe de peu à l’amputation. Il passera tout de même six mois en fauteuil roulant.
  • Dodo, le frère de Didi, n’est pas étranger à sa réussite. Tous deux portent les couleurs de Rio Branco, une équipe amateur de Campos dos Goytacazes, lorsque Madureira, qui évolue en première division de l’État de Rio de Janeiro, décide de recruter Dodo. Le jeune homme demande à Didi de l’accompagner pour l’aider à s’installer. Impressionnés par son talent, les recruteurs lui proposent de faire un essai et lui offrent un contrat professionnel. Dodo, lui, sera libéré six mois plus tard.
  • Didi est l’auteur du tout premier but au Maracana. Huit jours avant le coup d’envoi de la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 1950™, le stade est officiellement inauguré lors d’un match opposant une sélection de Rio à une sélection de Sao Paulo. C’est à cette occasion que le milieu de terrain de Fluminense entre à nouveau dans l’histoire.

Une éternelle “feuille morte”

Didi est l’un des promoteurs du coup franc en “feuille morte”, cette frappe qui retombe ou change soudainement de direction à l’approche du but. Il est à ce titre considéré comme l’un des grands spécialistes de la frappe flottante, très prisée de joueurs comme Juninho Pernambucano, Didier Drogba, Andrea Pirlo, Cristiano Ronaldo, David Luiz, Gareth Bale ou Hakan Calhanoglu. L’origine de cette technique est, en revanche, beaucoup moins connue.

“Je m’étais blessé à la cheville contre l’America”, explique Didid. “J’ai pris du repos, je me suis soigné, je suis allé voir le kiné, mais je ne pouvais toujours pas taper dans le ballon sans ressentir une vive douleur.”

“Puis, un jour, un peu par hasard, j’ai tiré de manière curieuse, en utilisant seulement trois orteils, et je n’ai pas eu mal du tout. Ça m’a intrigué. J’ai retenté l’expérience et, là, j’ai remarqué que le ballon changeait subitement de direction, après avoir parcouru une certaine distance.”

“Cet essai était loin d’être parfait, mais j’ai vite compris qu’en insistant, je pourrai obtenir une frappe très compliquée à arrêter pour les gardiens. Alors, je me suis mis au travail ; j’y passais des heures le matin et je recommençais l’après-midi. J’ai continué, jusqu’à trouver la bonne formule.”

“En 1957, nous avons affronté le Pérou en match de qualification pour la Coupe du Monde. Nous étions condamnés à gagner. J’ai marqué le premier but sur un tir en feuille morte. Qui sait ce qui se serait passé, si je ne m’étais pas blessé ce jour-là contre l’America ?”

Le saviez-vous ?

  • Après avoir contribué à la qualification du Brésil pour Suède 1958, Didi a bien failli être écarté de la phase finale car jugé trop vieux pour tenir une place en milieu de terrain. “Ce serait fort de me laisser à la maison, alors que c’est moi qui ai acheté le billet”, s’amusait l’intéressé avant que la composition de l’équipe ne soit dévoilée.
  • Quand la Suède mène au score en finale de l’édition 1958, Didi prend le ballon sous son bras et repart tranquillement vers le rond central. Inquiets de la tournure des événements, ses coéquipiers l’enjoignent à se presser. Zagallo s’approche et lui crie : “Dépêche-toi, vieux, on est en train de perdre !” Didi lui rétorque, sans se départir de son calme : “Détends-toi, Zagallo. On est les plus forts. On va marquer beaucoup de buts, aujourd’hui”. Au coup de sifflet final, le Brésil s’impose 5-2.

Surnoms

L’auteur Nelson Rodrigues le surnomme Príncipe Etíope (le “Prince Éthiopien”) en raison de son élégance sur le terrain. Cette caractéristique lui vaut d’être comparé au célèbre musicien de jazz Louis Armstrong, tandis que la presse européenne le présente comme Monsieur Football durant Suède 1958.

En club

Didi passe sept années à Fluminense. Au cours de cette période, il remporte notamment la Copa Rio 1952 (un tournoi réunissant huit équipes de sept pays différents). Son passage à Botafogo est marqué par trois sacres cariocas et une victoire dans le tournoi Rio-Sao Paulo.

Entre les deux, Didi fait escale au Real Madrid. Malheureusement, l’accueil peu chaleureux que lui réserve Alfredo Di Stéfano, l’autre mégastar de l’époque, le décide à écourter son séjour.

Vénéré au Pérou

En fin de carrière, Didi effectue une ultime pige au Sporting Cristal et se prend de passion pour le Pérou. Devenu entraîneur du club en 1967, il remporte le championnat dans la foulée, avant d’être nommé sélectionneur national en 1969.

Le Pérou avait été invité à participer à Uruguay 1930, mais il n’avait jamais conquis sa qualification pour une Coupe du Monde sur le terrain… jusqu’à ce que Didi valide son billet pour Mexique 1970, au nez et à la barbe de l’Argentine. En phase finale, la Blanquirroja s’invite en quarts de finale, avant de chuter face au Brésil (4-2).

“Didi était comme un deuxième père pour moi”, confie Teofilo Cubillas. “Il m’a énormément aidé. Il n’avait rien perdu de sa technique et il m’a donné des conseils très précieux. Mes coups francs et mes frappes lui doivent beaucoup. C’est lui aussi qui m’a recommandé de travailler sur mon pied faible.