• La promo 1982 du Brésil est considérée comme l’une des meilleures équipes de l’histoire
  • Elle n’a remporté aucun trophée, mais a éclaboussé de son talent la Coupe du Monde en Espagne
  • Telê Santana, le sélectionneur, s’est éteint un 21 avril

Le saviez-vous ?

  • Peu avant la Coupe du Monde, l’arrière gauche Júnior a sorti un morceau de samba, Povo Feliz (les gens heureux), mieux connu sous le nom de Voa, Canarinho (Vole, canari), avec l’aide des compositeurs Memeco et Nono do Jacarezinho. Ce fut un énorme hit au Brésil.
  • Pour la première fois, le Brésil comportait des joueurs évoluant à l’étranger dans son groupe pour la Coupe du Monde : Falcão, qui jouait à la Roma, et Dirceu de l’Atlético Madrid. Des joueurs comme Julinho Botelho (Fiorentina), Evaristo de Macedo (Barcelone), Dino Sani, Mazzola (tous deux AC Milan) et Canario (Real Madrid) avaient été auparavant exclus.

Le forfait de Careca

Si Careca n’a pas disputé la moindre rencontre sous les couleurs du Brésil avant 1982, la sensation de 21 ans est l’attaquant star incontournable de l’équipe nationale au moment où Telê Santana convoque son groupe pour Espagne 1982, lui qui a été titulaire dans trois des quatre derniers matches amicaux du Brésil. Mais trois jours avant le coup d’envoi du tournoi, le joueur de Guarani est touché à la cuisse à l’entraînement et doit déclarer forfait.

Résultats

Brésil 2-1 URSS

Brésil 4-1 Écosse

Brésil 4-0 Nouvelle-Zélande

Argentine 1-3 Brésil

Italie 3-2 Brésil

Le sélectionneur

“Dès qu’il est arrivé, les choses ont changé de façon radicale”, explique Falcão à propos de la désignation de Telê Santana au poste de sélectionneur. “C’est devenu beaucoup plus amusant de jouer avec la Seleção. Il voulait que l’on joue à l’instinct et non pas de façon systématique. Il poussait les arrières latéraux à se porter en attaque. Il ne voulait pas de milieux axiaux qui se cantonnent à stopper les adversaires ; il voulait qu’ils sachent faire bon usage du ballon. Il nous a donné la liberté de tenter tout ce qu’on voulait tenter. Il nous demandait toujours de faire le spectacle.”

Telê est célèbre pour avoir prononcé cette phrase : “Je préfère perdre en produisant du beau jeu que de gagner en jouant mal.” Le Brésil n’a peut-être pas gagné Espagne 1982, mais cette équipe est devenue l’une des plus admirées de l’histoire.

Les stars

Éder

À son arrivée à la Coupe du Monde, l’on connaît Éder sous le nom de “la bombe de Vespasiano” ou encore “le canon” en raison de sa superbe force de frappe. En Espagne, Éder est à la hauteur de sa réputation puisqu’il décoche une volée puissante contre l’Union soviétique et fait trembler la barre transversale contre l’Argentine, ce qui lui vaut d’ailleurs un nouveau surnom : Exocet, d’après le missile français. Mais l’arrière gauche fait également mentir ses surnoms en marquant l’un des buts les plus délicats de l’histoire du tournoi : une pichenette contre l’Écosse.

Falcão

Mozart sur herbe, compositeur extraordinaire, “le huitième roi de Rome”, le précurseur d’Andrea Pirlo et de Xavi… Falcão reste l’un des milieux les plus intelligents et l’un des meilleurs passeurs de l’histoire. En Espagne, il marque trois buts en cinq matches, dont la première égalisation, superbe, dans la défaite 3-2 contre l’Italie.

Júnior

Apparemment, faire évoluer au poste de n° 6 un joueur qui aurait sûrement été l’un des meilleurs n° 10 de l’histoire, ce n’est pas de la triche en 1982. Júnior – combattif, leader et maestro du ballon – est exceptionnel en Espagne. Il inscrit un but magnifique contre l’Argentine après un une-deux avec Zico et est le fer de lance de nombreuses splendides offensives menées par la Seleção.

Leandro

Voilà un autre joueur aux qualités astronomiques qui aurait pu jouer n’importe où sur le terrain. Que ce soit sous les couleurs rouge et noir de Flamengo ou en jaune, avec le Brésil, Leandro et Júnior ont formé l’une des charnières les plus sensationnelles de l’histoire du football.

Sócrates

Absolument unique en son genre, que ce soit dans son apparence, sa personnalité ou son jeu, le “docteur” incarnait l’élégance. Mesurant 1m93, le meneur de jeu au bandeau fendait les défenses avec une précision chirurgicale grâce à ses passes en profondeur. Il hypnotisait ses adversaires avec ses feintes et savait user des talonnades comme personne d’autre. Il savait aussi faire mouche du pied droit, quelle que soit sa position sur le terrain. Rinat Dasayev s’en souvient sans doute encore.

Zico

Dieu parmi les dieux, en plein cœur de ce qui a sans doute été le meilleur milieu de terrain de l’histoire (du moins le plus fascinant), Zico est au top de sa forme sur terres ibères. À l’instar de Johan Cruyff à Allemagne 1974, ses prestations auraient mérité le haut du podium.

Tele Santana at Spain 1982

Le saviez-vous ?

  • Pour ses débuts en Coupe du Monde, Sócrates était capitaine du Brésil et a marqué dans un succès 2-1 sur l’Union soviétique dans leur premier match à Espagne 1982. Pour ses débuts en Coupe du Monde, son frère Rai était capitaine du Brésil et a marqué dans un succès 2-0 sur la Russie dans leur premier match à États-Unis 1994.
  • Ce n’est arrivé qu’une seule fois que le Brésil, la seule nation à avoir participé aux 21 éditions de la Coupe du Monde, marque au moins deux buts dans toutes ses rencontres d’une seule et même édition. C’était à Espagne 1982.
  • Par la suite, Telê Santana a permis à São Paulo de décrocher deux titres de Coupe intercontinentale de rang, face à Barcelone et à l’AC Milan. En 1992, Toninho Cerezo, Cafu, Rai et Muller ont réussi à se défaire d’une équipe blaugrana menée par Ronald Koeman, Pep Guardiola, Michael Laudrup et Hristo Stoichkov. L’année suivante, ils ont coulé l’AC Milan de Franco Baresi, Paolo Maldini, Marcel Desailly et Jean-Pierre Papin.

Entendu…

“Le Brésil en 1982 était l’équipe nationale la plus merveilleuse qui ait jamais existé. Júnior, Falcão, Sócrates, Éder, Zico… un grand rassemblement de talents phénoménaux. C’était une équipe extraordinaire.” – Pep Guardiola

“Maradona était un grand, mais Zico était sensationnel. Tu ne pouvais même pas t’approcher suffisamment près pour faire faute sur lui.” – Graeme Souness, à propos de l’adversaire le plus difficile qu’il ait affronté

“Le Brésil avait une équipe incroyable. Il y avait des joueurs magnifiques, qui semblaient jouer par télépathie. Ils étaient tellement créatifs, ils savaient improviser et ils avaient un excellent sélectionneur, Telê.” – César Luis Menotti

“Leur toucher de balle, les une-deux, les dribles… Leur élégance était inconcevable. Ils ne marquaient jamais un but normal. Je ne sais pas si c’était la meilleure équipe de l’histoire, mais personne n’a jamais reproduit ce jeu.” – Alan Rough

“Durant toutes mes années dans le football en tant que joueur, en tant qu’entraîneur et en tant que journaliste, je n’ai jamais vu une équipe, quelle que soit la qualité de son jeu, ne recevoir aucune forme de critique. Il y avait toujours quelque chose à redire. Mais personne, je dis bien personne, n’a dit du mal de nous. C’est parce que nous pratiquions vraiment un football extrêmement beau à voir.” – Falcão