• Millie Bright fait partie du FIFA FIFPro World11 2020
  • L’internationale anglaise de Chelsea parle de sa place parmi les meilleures
  • La défenseur évoque aussi ses regrets de Coupe du Monde et ses rêves olympiques

Directe et assurée, Millie Bright parle comme elle joue. Cette honnêteté sans concession lui a aussi permis de devenir l’une des joueuses les plus charismatiques au monde.

Le mois dernier, Bright a confirmé davantage encore sa place parmi l’élite en étant élue au sein du FIFA FIFPro World11 féminin, un onze mondial décidé par des joueuses du monde entier, ce qui prouve l’estime que ses collègues et rivales lui portent.

L’internationale anglaise de Chelsea n’aurait cependant jamais pensé atteindre ces sommets à l’âge de 27 ans. Peu avide de football quand elle est petite, elle attend ses neuf ans pour commencer à toucher le ballon. Au début de sa vingtaine, quand elle commence à prendre le football au sérieux chez les Doncaster Belles, elle travaille encore à côté.

Son transfert à Chelsea en 2015 marque le point de départ de son ascension vers les sommets du football. Emma Hayes a observé quelque chose d’exceptionnel chez la défenseuse qui “a le potentiel de devenir la meilleure de toutes”, selon la technicienne. Bright en a fait son objectif principal, sous l’impulsion de l’entraîneur des Blues sur le terrain et en dehors.

Dans cet entretien, l’arrière centrale des Lionnes évoque ses ambitions, ses sources d’inspiration, sa déception en Coupe du Monde Féminine de la FIFA™ et les Jeux Olympiques de cette année.

Millie, félicitations pour votre nomination dans le FIFA FIFPro World11. Que ressentez-vous ?

J’étais un peu surprise de faire partie du 11, mais très fière également puisque je travaille pour ce genre de récompenses. Quel que soit le tournoi ou le match que je joue, j’essaie de tout faire pour me distinguer. C’est une chose dont j’ai pris conscience au fur et à mesure de ma progression en tant que joueuse. Je suis candidate à l’équipe FIFPro depuis plusieurs années maintenant et c’est quelque chose qui me tient à cœur parce que tu sais que ce sont d’autres joueuses qui votent. Il n’y a pas mieux que la reconnaissance des joueuses que tu as affrontées.

Vous connaissez une ascension progressive depuis quelques années. Est-ce que vous remarquez ce genre de choses et est-ce que vous y travaillez ?

Oui, tout à fait. J’essaie de me comparer aux meilleures et ces dernières années, j’ai pas mal observé Wendie Renard par exemple. Je me suis demandé ce qu’elle faisait pour connaître autant de réussite et pour être toujours élue dans le 11 mondial. C’est parce qu’elle fait preuve de régularité dans tout ce qu’elle fait. Elle ne se contente pas de rester au sommet, elle essaie toujours de s’améliorer et de progresser. C’est une incroyable leader et elle fait souvent la différence dans les grands rendez-vous, que ce soit en marquant un but décisif sur coup de pied arrêté ou en poussant son équipe à toujours gagner. C’est une corde que j’ai essayé d’ajouter à mon arc : essayer d’être au-dessus du lot, d’être l’une des joueuses qui motive vraiment l’équipe, aussi bien avec Chelsea qu’avec l’Angleterre. J’ai essayé de m’améliorer en défense, mais aussi d’ajouter un aspect offensif, que ce soit en termes de possession du ballon ou en marquant plus de buts. J’ai le sentiment de progresser dans ce domaine. Mais surtout, j’ai envie de gagner des titres et Wendie Renard gagne tout le temps, elle. C’est pour cette raison qu’elle est un superbe exemple que j’ai pu suivre.

Renard a certes des atouts formidables, mais elle a laissé le titre The Best – Joueuse de la FIFA à une joueuse que vous connaissez très bien. Que pouvez-vous nous dire de Lucy Bronze?

Lucy a reçu cette récompense parce que c’est quelqu’un qui travaille dur tous les jours depuis le début de sa carrière. Comme elle l’a dit dans son discours, c’est une véritable compétitrice et elle a la volonté de gagner tout ce qu’elle entreprend. Je pense que cette détermination à devenir la meilleure a été un élément clé de son ascension vers le niveau qu’elle a atteint. S’il y a quelqu’un qui sait comment s’améliorer et atteindre ses objectifs, c’est bien Lucy Bronze. Elle est l’une de mes inspirations et je suis vraiment heureuse pour elle parce qu’elle le mérite amplement.

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Deux défenseuses sont montées sur le podium et donc l’une d’entre elles a été élue The Best. Est-ce que vous pensez pouvoir un jour décrocher cette récompense ?

Je l’ai dans un coin de la tête, mais je me concentre surtout sur mon parcours. Je veux continuer à progresser chaque jour et atteindre mon meilleur niveau. Si, au final, je coche toutes les cases, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas être une candidate sérieuse. La victoire de Lucy cette année prouve que les défenseuses peuvent gagner, mais je ne suis pas obnubilée par ça.

Pour finir sur The Best, Emma Hayes n’a pas été élue meilleure entraîneur, mais quelle importance revêt-elle pour vous et que pouvez-vous nous dire à propos d’elle ?

Si je travaille tant depuis plusieurs années, c’est sans doute à cause d’Em. C’est une entraîneur formidable et une belle personne. Elle sait tirer le meilleur parti des joueuses. Quand vous voyez le parcours de Chelsea ces dernières années et les succès que nous avons connus, c’est grâce à Em. C’est une gagnante née et elle n’a pas peur d’apporter des changements s’ils permettent de nous ouvrir des portes. Cette volonté à devenir la meilleure a vraiment déteint sur moi et m’a poussée à croire en mes chances et à ne jamais baisser les bras. C’est la meilleure entraîneur que j’ai eue et j’ai hâte de voir jusqu’où elle peut porter cette équipe.

Êtes-vous surprise du niveau que vous avez atteint dans le football aujourd’hui étant donné que vous ne jouiez pas – et que vous n’étiez pas forcément fan de foot – quand vous étiez petite ?

C’est dingue de voir le chemin que j’ai parcouru. J’ai commencé à jouer au foot quand j’avais neuf ans environ, j’étais à temps partiel il n’y a pas si longtemps et j’étais vraiment loin du niveau où je suis maintenant. J’aime me souvenir d’où je viens et ce que j’ai dû faire pour atteindre mon niveau d’aujourd’hui. Je pense que les expériences que j’ai eues quand j’étais plus jeune m’ont permis de devenir la joueuse que je suis aujourd’hui. Les choses ont changé aussi, en mieux. Quand j’ai commencé, je ne savais pas trop si je pouvais faire carrière dans le football alors qu’aujourd’hui, les filles voient que tout est possible si tu as le talent et si tu travailles suffisamment dur. Chaque génération de footballeuses a la responsabilité de continuer à faire progresser les choses et à faciliter le parcours des générations à suivre. Je pense qu’on fait plutôt du bon boulot en ce moment.

Pour inciter cette progression, on voit beaucoup de vidéos montrant la qualité du football féminin sur les réseaux sociaux. Votre superbe but dans le Community Shield a fait le buzz. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Je pense que marquer un but comme celui-ci dans un stade comme Wembley, c’est le summum. La présence de supporters est la seule chose qui aurait pu rendre ce moment meilleur. Mais c’était quand même génial. Les filles me disent souvent de tenter ma chance de loin. JiJi (Ji Soyun) me dit toujours : “Quand je te passe le ballon, contrôle et frappe !” Il faut simplement être en confiance. Je veux montrer que ce but n’était pas un coup de chance et ce serait sympa que ça devienne une habitude et qu’on me connaisse pour ça. Ceci dit, je pense que ce sera dur de marquer un plus beau but que celui-là !

Passons à la Coupe du Monde Féminine 2019. Quels souvenirs en gardez-vous ? Peut-être pas des meilleurs étant donné la façon dont l’aventure s’est terminée pour vous avec un carton rouge face aux États-Unis dans la défaite de l’Angleterre en demi-finale) alors que vous jouiez si bien avant ?

Des sentiments mitigés, oui. À chaud, je ressentais seulement de la déception et de la colère envers moi-même. Mais avec le recul, après y avoir réfléchi longuement, j’ai pu ressentir de la fierté pour le chemin parcouru au cours de ce tournoi. Le carton rouge est une réalité, je n’ai aucune excuse, mais c’est le foot, ça arrive et d’autres joueurs se sont retrouvés dans la même situation. Si je pouvais retourner en arrière, je changerais les choses, évidemment. Ne serait-ce que dans ma façon de contenir mes émotions et ma prise de décision parce que je n’avais pas besoin de faire ce tacle. Mais je suis fière de l’équipe, fière d’avoir participé à ma première Coupe du Monde et de tous les succès qui ont suivi. Je savoure un peu plus avec le temps qui passe. Au départ, j’étais vraiment dégoûtée et je n’avais pas l’impression qu’on avait réussi quoi que ce soit, ni même progressé. Mais avec le recul et avec le temps de la réflexion, je vois ce qu’on a accompli.

Les Jeux Olympiques, voilà le prochain grand tournoi international. Avez-vous hâte de peut-être faire partie d’une équipe de Grande-Bretagne à Tokyo ?

Ce serait énorme ! Quand j’en parle aux filles qui ont fait partie de l’équipe en 2012, elles disent que c’était une expérience unique et incroyable, avec l’union de tous les différents sports et athlètes. C’est sans doute mon plus bel objectif en ce moment et je fais tout mon possible pour être sélectionnable. J’ai toujours adoré regarder les JO. Peu importe le sport, tu te dis toujours : “Oh la, la, ce sont les Jeux Olympiques !” Il y a quelque chose de spécial, une sorte d’excitation autour des JO et des supers athlètes qui s’entraînent depuis quatre ans pour y parvenir. J’adorerais en faire partie.

England celebrate after Lucy Bronze of England scores her teams third goal during the 2019 FIFA Women's World Cup France Quarter Final match between Norway and England at Stade Oceane on June 27, 2019 in Le Havre, France.© Getty Images