• L’Angleterre peut-elle être sacrée championne du monde au Qatar ?
  • Plusieurs indicateurs sont au vert
  • La route qui mène au titre suprême est longue et semée d’embûches, même pour les grandes puissances

Tous les footballeurs rêvent de soulever un jour le Trophée de la Coupe du Monde de la FIFA™. Mais, en 90 ans d’histoire, seules huit nations ont eu l’honneur de remporter cette prestigieuse compétition. L’Espagne, qui compte pourtant parmi les grandes nations de football, a dû attendre 2010 pour inscrire enfin son nom au palmarès de l’épreuve.

L’exemple de l’Angleterre est intéressant car il illustre bien les difficultés à surmonter pour réaliser le plus beau de tous les rêves. Aujourd’hui, les Three Lions font partie des favoris pour Qatar 2022.

Toutefois, les sujets de Sa Majesté n’ont triomphé qu’une seule fois par le passé. C’était en 1966, une date qui fait encore rêver bien des supporters anglais de nos jours. Pourtant, l’équipe entraînée par Gareth Southgate ne manque pas d’atouts.

Le football anglais en un coup d’œil

  • un championnat de haut niveau et très attractif (2e du classement UEFA derrière l’Espagne)
  • un pays riche et moderne (5e PIB mondial, pour le Royaume-Uni)
  • la doyenne des équipes nationales, avec l’Écosse (premier match entre les deux équipes en 1872)
  • un vaste réservoir de talent (Sancho, Alexander-Arnold et Sterling font partie des plus grands espoirs du football)
  • une longue tradition (Liverpool, Manchester United, Arsenal… ont fait l’histoire du football anglais et européen)

Le temps des illusions

Les Anglais en sont persuadés, au début du 20ème siècle : aucune équipe nationale n’arrive à la cheville des Three Lions. Il faut dire que la sélection anglaise est effectivement restée invaincue pendant 57 ans. Forte de cette supériorité, l’Angleterre refuse de participer aux trois premières Coupes du Monde. Elle quitte même la FIFA et s’adjuge le titre de “championne du monde officieuse” après sa victoire 3-2 sur l’Italie, en 1934.

La sélection anglaise fait sa première apparition dans l’épreuve suprême en 1950, au Brésil, mais le réveil est plutôt brutal. En effet, elle concède deux défaites pour ses deux premières sorties, dont un échec retentissant contre les États-Unis (1-0). Le verdict est sans appel : les Anglais sont éliminés dès le premier tour. Au cours des années suivantes, ils ont de nouveau l’occasion de mesurer l’écart qui les sépare des meilleurs en affrontant la Hongrie. En 1953 et 1954, Ferenc Puskas et ses partenaires corrigent les Three Lions à deux reprises (6-3 et 7-1).

Des réformes pour rebondir

Les dirigeants anglais prennent alors une série de mesures qui pourraient encore servir de modèle à bien des pays en quête d’un sacre mondial. Le constat est clair : l’Angleterre a perdu le contact avec le football moderne. L’équipe nationale doit donc revoir sa philosophie de fond en comble pour se mêler à nouveau à la lutte pour la suprématie mondiale. Éliminée en quarts de finale de l’édition 1962 par le Brésil, futur lauréat de l’épreuve, elle confirme son retour au premier plan en remportant la finale quatre ans plus tard, devant ses supporters.

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Mais le plus difficile commence au lendemain de ce titre. Atteindre le sommet est une chose ; s’y maintenir ou y retourner en est une autre. L’Angleterre connaît ensuite une nouvelle période de déclin, au cours de laquelle elle échoue même à se qualifier pour les éditions 1974 et 1978 de la Coupe du Monde.

Quand le talent ou la chance fait défaut

L’équipe nationale se reconstruit une fois de plus dans les années 80. En 1990, vingt-quatre ans après son triomphe, elle passe tout près de rééditer l’exploit. Mais, en Italie, les Three Lions vivent une expérience commune à beaucoup de grandes nations de football : au pied du mur, il arrive que la réussite (ou le talent, selon les points de vue) fasse défaut.

Le 4 juillet 1990, l’Allemagne s’impose aux tirs au but et referme brutalement les portes de la finale devant les Anglais. Aujourd’hui encore, Gary Lineker reste persuadé que cette équipe méritait un autre sort : “Nous avons dominé ce match et contre l’Argentine, je suis certain que nous l’aurions emporté”. D’autres nations, comme les Pays-Bas ou la Belgique, qui ne manquent pas de talent non plus, ont aussi vu le titre mondial leur échapper d’un rien par le passé. C’est dire si les écarts sont minimes au plus haut niveau.

Un nouveau cycle

L’Angleterre se retrouve aujourd’hui dans une situation similaire. Une fois de plus, les dirigeants ont pris le taureau par les cornes, que ce soit à travers la construction d’équipements de qualité à St. George’s Park ou la nouvelle approche adoptée pour les sélections de jeunes. Longtemps considérées comme les parents pauvres du football anglais, ces équipes ont vu éclore de nombreux talents au cours des dernières années, une évolution qui s’est traduite en 2017 par deux victoires en Coupe du Monde U-20 de la FIFA et en Coupe du Monde U-17 de la FIFA.

En voyant leur équipe accéder aux demi-finales de Russie 2018, les supporters anglais se sont pris à rêver de nouveau. La perspective d’une deuxième couronne mondiale est soudain devenue très concrète. Malheureusement pour eux, la Croatie a croisé leur chemin.

Pourtant, les raisons d’être optimiste ne manquent pas : l’histoire montre qu’une équipe jeune et talentueuse brutalement stoppée sur le chemin de la finale peut fort bien prendre sa revanche au cours des années suivantes. En 2014, il a fallu un coup de tête victorieux de Mats Hummels pour barrer la route de la France. En 2010, l’Espagne, qui filait vers sa première victoire en Coupe du Monde, était trop forte pour les hommes de Joachim Löw.

“L’année prochaine, ce sera la bonne”, ont longtemps répété les supporters de Liverpool dans leur quête d’un nouveau titre de champion d’Angleterre. Les Reds viennent de remporter la Premier League. De là à adapter cette devise à l’équipe nationale, il n’y a qu’un pas : “Le prochain tournoi sera le bon”.